Le Viaduc de Garabit : portait d’un géant cantalou #EnFranceAussi

En ces temps de confinement, rédiger un article sur cette thématique « Portrait / Rencontre » me parait un peu compliqué. Alors j’ai décidé d’interpréter ce thème à ma façon, de parler d’un monument tellement singulier qu’il mérite amplement que l’on dresse et que l’on tire son portrait. J’ai choisi de vous parler d’un emblème du Cantal mais aussi du génie de Gustave Eiffel : le Viaduc de Garabit.

Cet article participe au rendez-vous #EnFranceAussi, créé par Sylvie du blog Le Coin des Voyageurs. Pour ce mois d’avril, la thématique est donc « Portrait / Rencontre », elle a été choisie par Paule-Elise, du blog 1916 kilomètres. Pour lire tous les articles qui participent au rendez-vous, parcourez la carte présente à la fin de cet article.

Le Viaduc de Garabit : portrait chiffré de cet ouvrage d’art ferroviaire

Ce géant de fer, robuste, est âgé de 140 ans. Enfin, tout dépend si l’on prend en compte le début de sa construction (1880), la fin de celle-ci (1884) ou sa mise en service (1888) … Il a donc environ 140 ans, mais tous ses rivets (678 768 !) et pas une craquelure sur sa belle peinture rouge Gauguin (aussi appelée rouge poinsettia).

Cette couleur a été appliquée seulement à partir de 1992 (et le chantier a duré jusqu’en 1998) et correspond en fait à la couleur initiale de sa « petite sœur », la Tour Eiffel, construite elle entre 1887 et 1889. Le Viaduc de Garabit a d’ailleurs permis à Gustave Eiffel, ingénieur en charge de sa finalisation et de sa réalisation, d’appliquer, d’expérimenter et de perfectionner sa technologie d'assemblage de structures métalliques par rivets, qui sera ensuite utilisée pour la Tour Eiffel.

D'une longueur de 565 mètres (564,69 m, pour être très exacte), le Viaduc de Garabit veille sur les alentours du haut de ses 122 mètres. A la fin de sa construction, ce colosse de fer est le « plus haut viaduc du monde ».

La portée de l’arche principale est, elle, de 165 mètres sur une hauteur de 52 mètres. Jusqu'en 1886, cette arche était celle ayant la plus grande portée au monde.

Pour la construction de ce pont en arc, révolutionnaire pour l’époque, 3169 tonnes de fer forgé 41 tonnes d'acier et 23 tonnes de fonte auront été nécessaires.

La liaison ferroviaire

Construit à 835 mètres d'altitude, le Viaduc de Garabit permet d’assurer la liaison ferroviaire entre Garabit et Ruynes-en-Margeride. Au-delà de ces deux villes cantaliennes, qui sont les deux gares les plus proches de lui (aujourd’hui fermées), il relie Béziers à Clermont-Ferrand en passant par Neussargues, dans le Cantal.

Le Viaduc permet le franchissement des Gorges de la Truyère de cette ligne de chemin de fer Béziers-Neussargues surnommée « ligne des Causses ». Le train qui effectue ce trajet est appelé « L’Aubrac » car la ligne traverse le plateau du même nom.

Si vous vous demandez à quoi ressemble la vue de là-haut, je vous conseille de suivre ce lien !

Le Viaduc de Garabit : l’histoire de ce géant de fer et des hommes qui l’ont créé

On entend souvent que le Viaduc de Garabit est l’œuvre de Gustave Eiffel, et d’une certaine manière c’est vrai. Cependant l’idée de construire un tel ouvrage à cet endroit n’est pas de la sienne mais celle de Léon Boyer.

Portrait du projet et de son initiateur, Léon Boyer

Le Viaduc de Garabit est donc un projet de Léon Boyer, lozérien et ingénieur des ponts et chaussées. Sur cette même ligne Béziers-Neussargues, il a également été en charge de la création et de la conception du viaduc de la Crueize, situé sur la commune de Saint-Léger-de-Peyre, en Lozère. La conception du Viaduc de Garabit lui a valu d’être nommé chevalier de la Légion d'honneur, à 29 ans, en 1880.

En 1884, il devient ingénieur en chef des ponts et chaussées. Puis, en novembre 1885, il est nommé Directeur général des travaux du canal de Panama par Ferdinand de Lesseps. Le 1er mai 1886, il meurt de la fièvre jaune et n'a donc jamais vu le Viaduc de Garabit en service.

Concernant celui-ci, c'est donc Léon Boyer qui a eu l'idée de construire un pont métallique à grand arc pour franchir la Truyère plutôt que de faire descendre la ligne de chemin de fer pour traverser ou ouvrage plus bas. Cette solution, qui apparaissait plus ambitieuse et coûteuse au départ, permettait de réduire les coûts d'exploitation par la suite.

Le recours au pont en arc, plutôt qu'au pont suspendu, s'est imposé en raison du risque trop élevé d'oscillations dues au vent. Pour la construction du Viaduc de Garabit, Léon Boyer a trouvé l'inspiration dans le Viaduc Maria Pia qui enjambe le Douro au Portugal. Il a donc fait appel à la société responsable de sa réalisation, la société Eiffel, et à l'homme à l'origine de celle-ci : Gustave Eiffel.

Gustave Eiffel, portrait de l’homme derrière l’ouvrage cantalien

Ingénieur renommé depuis 1860, Gustave Eiffel a fondé sa société en 1867. Il réalise à cette époque de nombreux viaducs et bâtiments à structure ou charpente métallique dans le pays mais aussi ailleurs en Europe. Ainsi, en plus du Pont Maria Pia, réalisé en 1876, il était responsable de la réalisation de la gare de Budapest en 1875, du Pont de Viana (Portugal) célèbre pour sa longueur (736 mètres).

Ce ne sont là que quelques exemples des réalisations de Gustave Eiffel avant qu’il n’intervienne dans le Cantal. La liste des édifices, ponts et viaducs construits par les ateliers Eiffel, avant et après le Viaduc, est considérable. Je vous invite d'ailleurs à consulter sa page sur le site Structurae pour vous faire une idée plus précise du patrimoine bâti que l'on lui doit.

Si l’on doit l’idée originelle du Viaduc à Léon Boyer, sa réalisation effective est bien l’œuvre de Gustave Eiffel qui intervient dès 1880 sur le chantier. Les nombreux chantiers qu’il a déjà réalisés vont lui permettre de réaliser la prouesse technique que représente à l’époque la construction de ce Viaduc monumental. De la même manière, la conception du Viaduc a profondément nourri l’expertise d’Eiffel pour ses chantiers à venir, et notamment la Tour Eiffel.

La conception du Viaduc de Garabit est l'événement qui a définitivement assit la notoriété de Gustave Eiffel. L'homme et son chef-d'œuvre étaient d'ailleurs immortalisés ensemble sur la dernière édition des billets de 200 francs.

Source : Banque de France (banknote) / Auteur : Monnaie de Paris (banknote), European Central Bank (photograph)

Les dates importantes de la vie du Viaduc

A la fin de l'année 1878, Léon Boyer définit le tracé de la ligne de chemin de fer et, l'année suivante, il remet son projet à l'administration. Le ministère des Travaux Publics approuve le projet le 14 juin 1879. Les travaux débutent alors en janvier 1880.

Gustave Eiffel dépose le projet définitif le 16 août 1880. Deux ans plus tard, le 1er août 1882, la construction des piles qui soutiennent le viaduc commencent. Les travaux se poursuivent jusqu'au 17 septembre 1884 où les voûtes des viaducs d'accès sont achevées, au même titre que la pose de la voie de chemin de fer.

Je trouve cette photo complètement folle ... pas vous ?
Construction de l’arc et le pont de service en bois / © Collection Archives municipales de Saint-Flour

Le 10 avril 1888, les premiers essais du viaduc sont effectués et la résistance du viaduc éprouvée avec un convoi arrêté au centre de l'ouvrage. Le 27 mai 1888, la section de la ligne Saint-Chély-d'Apcher (Lozère)- Saint-Flour (Cantal), sur laquelle se trouve le Viaduc de Garabit est ouverte. Ce jour-là, un train traverse le Viaduc à 50 km/h. Le 10 novembre 1888, la ligne Béziers-Neussargues est mise en service dans son intégralité.

Quarante-quatre ans plus tard, en 1932, la ligne Béziers-Neussargues est entièrement électrifiée. En août 1984, pour les 100 ans du Viaduc, une plaque commémorative à la mémoire de Léon Boyer est apposée sur le Viaduc.

En septembre 2009, une fissure est découverte sur une des piles du Viaduc. La ligne est alors suspendue pendant un mois. A sa reprise, la vitesse des trains sur le viaduc est limitée à 10 km/h.

Le Viaduc est inscrit aux Monuments historiques le 14 septembre 1965 et classé Monument historique le 18 octobre 2017. Depuis 2019, une candidature a été déposée pour faire entrer le Viaduc de Garabit et cinq autres ponts métalliques à grandes arches de la fin du XIXe siècle au classement Unesco.

Si vous voulez en savoir plus le Viaduc de Garabit et voir d'autres photos de sa construction, je vous conseille de consultez le site Passerelle(s)

Mon histoire avec ce géant de fer

En définitive et pour résumé, le Viaduc de Garabit c’est : une prouesse technique de la fin du 19ème siècle ; un ouvrage d’art qui a permis de relier Béziers à Neussargues, puis à Clermont-Ferrand et finalement à la capitale ; une preuve supplémentaire du génie de Gustave Eiffel ; un « laboratoire d’expérimentation » grandeur réelle pour la réalisation du monument qui fera à jamais la postérité de l’homme, la Tour Eiffel, en devenant l’emblème de la France.

Et, pour moi, d’un point de vue plus personnel, le Viaduc de Garabit c’est un très lointain souvenir d’enfance et une longue attente de ma vie d’adulte.

Ma première rencontre avec le Viaduc de Garabit

Je devais avoir à peine trois ans la première fois que je l’ai vu, au tout début des années 90. C’était à l’occasion d’un repas en famille sur un bateau-restaurant. Le temps du déjeuner, le bateau se baladait sur la Truyère et permettait d’observer le géant de fer sous toutes ses coutures rivetées.

Autant vous dire que mon souvenir de cette première rencontre est surtout lié à des photos prises ce jour-là et à des souvenirs racontés par mes parents depuis.

Et puis, quand on grandit dans le Cantal et qu’on aime son patrimoine, naturel comme bâti, on voit souvent des photos de lui, on regarde les reportages qui en parle, on admire ses courbes mises en lumière immortalisés par les photographes locaux, on lit les articles qui l’évoquent, … Tout ça avec une pointe de fierté que ce chef-d’œuvre (qui fait partie des 15 plus beaux ponts au monde selon European Best Destinations) fasse partie de notre territoire, de notre patrimoine cantalou.

Copyright Pierre Soissons

Ma deuxième rencontre avec le géant de fer cantalou

Depuis quelques années, l’envie de retourner le voir avec mes yeux d’adulte, l’envie de me fabriquer de vrais souvenirs avec lui, se faisait grandissante. Comme il se trouve à une heure et demie de route de chez mes parents, cette rencontre a sans cesse était repoussée faute de temps ou d’un climat propice à la balade.

C’est finalement en septembre, l’an dernier, que j’ai eu l’occasion de revoir enfin le Viaduc de mes propres yeux, lors d’une balade familiale proposée par mon père. Et quelle claque !

J’avais beau l’avoir vu des dizaines de fois en photo, d’autres dizaines de fois en vidéo (et un peu moins sur les billets j’avoue … :D), j’ai été très émue de le voir en vrai. Ce n’est pas juste un pont ferroviaire, c’est bien une véritable œuvre d’art, des pans de dentelle métallique qui forment un ensemble harmonieux et splendide.

Une rencontre sous le signe de l'émerveillement 

Ce jour-là, le soleil et le ciel bleu était au rendez-vous (à peu près tout le temps) et on a donc pu admirer le Viaduc de Garabit dans des conditions vraiment agréables. Dans son paysage tout en nuances de vert, sa robe rouge détonne et s’inscrit profondément dans la rétine. Sur le ciel bleu, le détail des enchevêtrements métalliques apparaît nettement, chaque élément se détache au fur et à mesure que l’on détaille du regard cette structure réalisée avec habileté et précision.

Dans les eaux sereines de la Truyère, le géant de fer se reflète. Son arche majestueuse prend alors des dimensions encore plus impressionnantes et se transforme en un cercle quasi-parfait. Vue du pont, l’arche ainsi prolongée ressemble presque à un portail vers un autre monde, un monde de géants empli de mystères à découvrir et explorer.

Aux pieds de ce colosse métallique, impossible pour moi de me sentir autrement que ridiculement petite et profondément émerveillée par cette construction remarquable. Impressionnante par sa taille, bien évidemment, que l’on mesure pleinement lorsque l’on se trouve proche d’un de ses piliers. Mais admirable aussi par la fragilité qui s’en dégage malgré tout, avec réellement le sentiment d’observer une dentelle de fer, d’acier et de fonte, ciselée avec une minutie incroyable.

 

Cette deuxième rencontre a été pour moi un véritable moment d’émerveillement Je suis toujours impressionnée parce que les Hommes ont été capables de bâtir à une époque où l’on ne possédait pas encore tous les moyens techniques et technologiques qui sont aujourd’hui les nôtres. Se dire que ce géant de fer, colossal et si beau, surplombe cette rivière et supporte le passage des trains depuis plus de 130 ans, ça fait quand même quelque chose non ?

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Épinglez-moi !

19 Replies to “Le Viaduc de Garabit : portait d’un géant cantalou #EnFranceAussi”

  1. Malgré son illustre créateur je n’avais jamais entendu parler de ce monument! Cela dit, il mérite complètement son classement aux Monuments Historiques (tu me diras: on ne me demande pas mon avis 🙂 ) car il est très majestueux. Ca ne m’étonne pas que cette « rencontre » t’ait marquée !

    1. Comme quoi la France nous réserve encore bien des surprises ! Heureusement qu’En France Aussi est là 😉

  2. Je le trouve vraiment impressionnant ! Chaque fois que je descend en vacances dans le sud c’est passage obligé par l’aire de repos de Garabit pour le voir^^

    1. Il l’est !
      La prochaine fois prend 30 minutes pour aller le voir de plus près, tu verras c’est encore plus fou !

  3. un géant si élégant! Et ses reflets dans l’eau… magnifiques!

    1. Comme tu dis oui 🙂 Merci pour ton passage ici !

  4. Qu’il est impressionnant ce colosse de métal, j’aime beaucoup sa couleur rouge ! Connais-tu aussi le viaduc de Millau ?

    1. Il est très impressionnant oui !
      Je connais le Viaduc de Millau oui, mes parents l’ont attendu pendant des années quand on était bloqués dans les bouchons de Millau avant sa construction et je l’ai emprunté quelque fois depuis. Un sacré ouvrage aussi !

  5. Haha bonne interprétation du thème !! Il est magnifique ce viaduc, c’est vrai. Ça me rappelle des bons souvenirs quand on est remontées de l’Aveyron via l’Aubrac après le WAT à Millau et qu’on a passées une nuit, seules au monde, vers le lac de Grandval. On a vu le viaduc le lendemain, mais sous la pluie. Il est vraiment emblématique en tout cas. Quand on prend l’autoroute pour descendre vers le sud, c’est le moment où on sait qu’on arrive en Occitanie, en fait. Merci pour ce bel article !

  6. Super ouvrage ! Je ne connaissais pas le pont mais je crois avoir déjà entendu parler de la Truyère. J’adore les dernières photos en contre-jour où l’on voit des surprenants escaliers tortueux ! 😀

    1. Oui c’est vraiment un ouvrage d’art impressionnant ! Et j’adore les dernières photos moi aussi, c’est beau toute cette dentelle métallique 😉

  7. De bien belles photos et un texte sur mesure pour expliquer cette œuvre méconnue hormis par des reportages.
    Merci.

    1. Merci beaucoup Christophe, votre commentaire me fait très plaisir 🙂 Une oeuvre méconnue oui, et pourtant elle mérite vraiment le détour !

  8. J’aime beaucoup les ponts, surtout quand ils traversent une mer. Ils sont impressionnants et celui-ci particulièrement !

    1. Perso, j’aime les regarder, moins les traverser ! Ce Viaduc est super impressionnant oui, surtout quand tu te dis qu’il a été construit au 19ème siècle, loin de toutes nos technologies actuelles !

  9. J’aurais tellement aimé avoir cette idée de rencontre avec… un monument ! Mais bon je ne l’ai pas eue et j’ai passé mon tour pour cette fois, alors je profite des articles des uns et des autres. Le rouge Gauguin lui va très bien je trouve, c’est plutôt harmonieux avec la végétation alentour. Je ne connais le Garabit que grâce à une aire d’autoroute idéalement située mais tes photos donnent grandement envie d’aller le voir de plus près.

    1. J’avoue que c’était plus simple pour moi vu le contexte de parler d’une rencontre avec un monument plutôt qu’avec un humain ^^
      Je suis d’accord avec toi le rouge Gauguin lui va très bien, et je me demande ce que ça donnerait si on repeignait la Tour Eiffel en rouge aujourd’hui, une fois passé le choc ne plus la voir en marron-gris …
      Je ne peux que te recommander de faire les quelques kilomètres qui séparent l’aire d’autoroute du Viaduc, parce que vu de près c’est vraiment fou !

  10. LaboiteasouvenirsdeMathou dit : Répondre

    Auvergnate, je ne le connais que trop mal, simplement en passant enfant chaque été sur l’autoroute A75. Cette année, j’ai envie de m’en rapprocher, peux-tu me dire les spots où prendre de jolies photos de ce colosse ? Par avance merci, #laboiteasouvenirsdemathou

    1. A ses pieds ! C’est là qu’on se rend vraiment compte de la majesté de ce monument et qu’on arrive à en rendre compte en photo. Sinon il y a un petit pont qui enjambe la Truyère juste à côté du Garabit Hôtel d’où tu as une belle vue sur le Viaduc. Bonne séance photo 😉

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