La Norvège en mars : couleurs et impressions

J'ai commencé à rédiger cet article dans l'avion du retour de Norvège mais depuis je me suis allègrement laissée déborder par la vie et ne vous livre donc mes impressions sur ce voyage que maintenant ... Mais cela m'a aussi laissé le temps de prendre du recul, de faire mûrir certaines impressions, certaines émotions et il en ressort un texte finalement assez différent de ce que j'écris habituellement sur le blog, j'espère que cela vous plaira. Bonne lecture !

L’avion décolle. A mesure qu’il s’éloigne du sol, les souvenirs, les sensations, les couleurs s’imprègnent un peu plus en moi. Je ne veux pas oublier mes impressions, mon ressenti, face à cette Norvège à la fois grise et colorée ; face à ces panoramas singuliers, où l’aspect massif et solide des montagnes contraste avec les frêles habitations de bois parsemées ici et là ; où l’omniprésence de l’eau, sous forme d’étendues plus ou moins planes ou de cascades, n’a d’égale que celle des mousses vertes et variées qui tapissent le sol des forêts. Je ne veux pas oublier toutes ces couleurs et tous ces contrastes, vus ou ressentis, que la Norvège nous a offert durant ce séjour à cheval entre l'hiver et le printemps.

Je ne veux pas oublier la couleur des eaux des fjords, sûrement glacées ; cette couleur sombre et puissante, peu habituelle, un noir légèrement teinté de bleu foncé, un noir captivant, hypnotisant et finalement apaisant. Est-ce la présence de la neige alentour qui trompe l’œil et nous fait voir l’eau si sombre ? Est-ce la profondeur du fjord ou la composition de son sol qui lui donne cette couleur si particulière ? Cette couleur qui ne s’estompe qu’au moment de refléter les paysages qui s’étendent tout autour, parfois si parfaitement, de manière si précise et méticuleuse, qu’on croirait qu’un miroir a été placé là pour remplacer l’eau et offrir une dose supplémentaire de merveilles norvégiennes.

Je ne veux pas oublier, ce blanc, incroyable, enveloppant, aveuglant même, sur les hauts plateaux près de l’Eldrevatnet ou de Dyranut. Ce blanc tant attendu, espéré comme au matin de Noël, celui de la neige, d’un hiver que l’on attend toujours à Toulouse ... Sur ces hauts plateaux où tout n’était que blancheur, du ciel au sol, rendant complexe le discernement entre les deux, j’ai eu le sentiment de voir plus de neige là que dans toute ma vie jusqu’à présent. A perte de vue, de toute part, il n’y avait que du blanc, et même les rares maisons plantées dans ce décor hivernal s’enfonçaient dans et sous la neige, disparaissant presque entièrement dans ce manteau blanc.

Je ne veux pas oublier, qu’en dehors de ces hauts plateaux, la neige, bien que plus timide, venait quand même agrémenter joliment les paysages. Surtout présente sur les reliefs, sa quantité augmentait, logiquement, avec l’altitude. Elle magnifiait les sommets et attirait invariablement nos regards vers eux, nous aidant à prendre toute la mesure, et la hauteur, du décor enchanteur qui nous entourait. Et, dans les miroirs d’eau qu’offraient parfois les fjords, elle soulignait à merveille les reflets parfaits qui s’étendaient devant nous.

Je ne veux pas oublier les nuances de gris norvégiennes : celle, sombre et impressionnante, des montagnes massives qui nous entouraient au cœur des fjords ; celle, plus claire et vaporeuse, de la brume qui s’accrochait parfois aux reliefs ; celle, linéaire et fabriquée, des longs et nombreux tunnels que nous avons traversés ; ou encore celle, tellement claire qu’on la confondait presque avec du blanc, du ciel hivernal qui nous a accompagnés durant une bonne partie du séjour. Ce camaïeu de gris n’avait rien de triste, il accentuait le caractère et la force qui se dégagent de ces paysages nordiques, marquait nos rétines de souvenirs uniques tel un négatif sur une pellicule.

Je ne veux pas oublier le vert des forêts que nous avons arpentées. Cette végétalisation du moindre centimètre carré des forêts par ces tapis incroyables de mousses, bariolés de multiples nuances de verts, donnaient des airs de forêts mystérieuses et enchantés aux moindres sous-bois. Du sol moussu jusqu’à la cime des arbres, les forêts norvégiennes, parsemées de bourgeons naissants du début de printemps et d’aiguilles de conifères, nous ont fait voir la vie en vert. Au cœur de l’Arboretum de Milde, le vert de la forêt de rhododendrons, constellée de bourgeons colorés, restera un souvenir lui aussi marquant.

Je ne veux pas oublier le rouge des maisons ou des cabanes en bois surmontées de mousses que l'on peut voir en dehors des villes. Clichés norvégiens par excellence, ces petites touches de couleurs parsemées dans les paysages de montagnes ou de plaines, prennent sans le vouloir des allures de minuscules refuges, éphémères, effacés, de cabanes solitaires d’où l’on partirait explorer la nature environnante. Avec leur couleur singulière, elles apportent une touche de chaleur et servent de repères dans l’immensément vert, gris foncé ou blanc, où elles se trouvent, permettant notamment d'apprécier la hauteur des montagnes.

Je ne veux pas oublier les multiples couleurs d’Oslo et de Bergen, avec leurs rues qui ressemblaient à de véritables palettes de peintre. Du rouge, du jaune, du bleu, de l’orange, du vert, ... les façades d’immeubles et de maisons, parfois historiques, déversaient dans les rues, petites ou grandes, toutes les variations d’un nuancier Pantone. Du rouge, du jaune, du bleu, de l’orange, du vert, ... les murs des villes recouverts de fresques et de graffitis ajoutaient de nouvelles nuances irisés à ces polychromes urbains.

Je ne veux pas oublier mon émotion en découvrant les traces d’une civilisation, une culture et un patrimoine bâti jusqu’alors seulement aperçus dans des livres ou à la télévision. L’émotion qui submerge, si particulière, face à un bateau vieux de plus de 1000 ans, face à une église de plus de 800 ans, … ces vestiges en bois qui ont traversé les siècles, grandioses, magnifiques, remarquablement travaillés, sculptés, assemblés avec précision et maîtrise par une civilisation qui ne disposait pas de nos moyens techniques et technologiques actuels. L’émotion d’observer pour la première fois cette architecture traditionnelle nordique, assez sobre et rectiligne et, en même temps, ornée de détails tout en finesse, en arrondi et en minutie.

Gol Stavkirke
Gol stavkirke visible au Norsk Folkemuseum
Détail de la Fantoft stavkirke, près de Bergen

Je ne veux pas oublier cette impression, puissante et persistante, une fois éloignés des villes, d’avoir atterri sur une terre taillée pour les géants, là au bord de l’eau, encerclés par les montagnes gigantesques, mais aussi dans ces plaines blanches démesurées où l’œil se perd en cherchant où tout cela s’arrête. Je veux me souvenir de cette impression d’être si petite, si insignifiante, face aux montagnes imposantes, face à ces masses rocheuses qui s’étirent vers le ciel, qui monopolisent le champ de vision, qui se rendent incontournables, si belles et impressionnantes qu’on ne peut plus en détacher son regard.

Nærøyfjord
Nærøyfjord
Nærøyfjord
Nærøyfjord

Je ne veux pas oublier ce sentiment d’arpenter une terre profondément sauvage où l’homme n’est qu’un invité, encore plus qu’ailleurs sur notre planète, qui doit marcher sur la pointe des pieds pour ne pas déranger cette nature si singulière. Avec ses petites maisons qui s’intègrent, relativement bien, aux paysages ; ses routes qui en suivent les contours jusqu’à disparaître sous les reliefs plutôt que de défigurer les panoramas naturels ; en dehors des villes, la Norvège est un territoire en grande partie préservé où l’homme et ses constructions ne prennent que peu de place face à la nature et semble y vivre sans – trop – la déranger.

La route qui serpente le long de l'Aurlandsfjord
Route serpentant le long de l'Aurlandsfjord
Caché aux pieds des montagnes, dont certaines culminent à plus de 1200 mètres le village de Flåm
La ferme Otternes, près de Flåm, construite à flan de montagne

Je ne veux pas oublier la beauté de ces panoramas parés de brume ; dont l’apparente légèreté, l’évidente fragilité, l’évanescence imminente, contrastait indéniablement avec l’aspect solide des roches plusieurs fois millénaires qui forment les paysages de Norvège. Accrochées aux reliefs, ou dans les arbres qui hérissent ceux-ci, ces étoles de brouillard apportaient une touche d’infinie douceur à des paysages bruts, abruptes, rugueux ; mais aussi une touche de mystère, de secret, de terre qui ne se dévoile pas totalement à moins d’y rester un long moment, de l’explorer au fil des saisons, au plus près de sa nature.

Je ne veux pas oublier que dans ces paysages massifs, rocailleux et même dans les mousses vertes des forêts norvégiennes, l’eau, toujours arrive à se frayer un chemin. Venue d’on ne sait où, des entrailles de la terre ou d’un autre monde qui vivrait derrière les rochers ou sous la mousse, l’eau ruisselle, cascade, se déverse, partout, pour finir sa course dans les fjords ; en arrosant au passage la nature qui s’épanouit sous ce ruissellement continu, en murmurant au passage une douce mélodie aux oreilles des promeneurs. Du petit filet d’eau qui suinte des rochers à la cascade majestueuse qui s’écoule avec fracas, la Norvège est une terre où l’eau jaillit de toute part, animée, bruyante, pour alimenter les étendues infiniment calmes que sont les fjords.

Je ne veux pas oublier ce sentiment d’apaisement face à ces paysages miroirs, justement, face à cette nature immensément belle qui s’étend parfois à perte de vue ; ce sentiment de sérénité dans les forêts enchantées et moussues, où seul le bruit de l’eau qui ruisselait venait couvrir le bruit de nos pas et de nos respirations. La Norvège, en dehors des villes, est un royaume souvent silencieux, et l’absence de distractions pour l’ouïe permet de ne focaliser son attention que sur ce que perçoit la vue et d’en prendre, justement, plein les yeux !

Nærøyfjord
Dans le Nærøyfjord
Faire une croisière en ferry électrique de Flåm à Gudvangen, sur l'Aurlandsfjord et le Nærøyfjord, est le meilleur moyen de profiter de ces paysages incroyables et du silence des lieux <3

Et vous, qu'est-ce qui vous a marqué(e) en Norvège ?

Épinglez-moi !

4 Replies to “La Norvège en mars : couleurs et impressions”

  1. Quelle douceur et quelle force à la fois dans ces paysages ! Tes photos sont superbes et ton texte est très beau, tout en subtilité, une vraie palette d’émotions. Well done.

    1. Merci beaucoup Paule-Elise. Je suis contente d’avoir réussi à te faire ressentir cette ambivalence de la Norvège. Tes gentils mots me vont droit au cœur ❤️

  2. La Norvège, c’est 50 nuances de gris (hum), de vert, de rouge, de noir… Je ne m’y attendais pas. Bravo pour ce bel article qui vient tout droit du cœur, ça fait du bien à lire

    1. Merci beaucoup Isa, ton commentaire me touche énormément ❤️

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