Road trip en Louisiane : sur la Route des Plantations

Entre Baton Rouge et la Nouvelle-Orléans, il y a une route célèbre et chargée d’Histoire(s) qui serpente le long du Mississippi : la Route des Plantations. Parmi les nombreux sites historiques présents le long de celle-ci, nous avions décidé de ne visiter qu’un seul, Laura Plantation, qui nous semblait être la plantation la plus différente de celles déjà visitées.

Sur la Route des (im)Plantations (industrielles)

Au départ de Baton Rouge, plusieurs routes permettent de rejoindre Laura Plantation, dont deux qui longent le Mississippi. Charmés par l’idée de suivre le cours du fleuve jusqu’à notre point d’arrivée, nous avons opté pour la South River Road et … on a jamais vu le Mississippi ! La route suit bien The Great River mais des buttes construites entre la route et le Mississippi, sûrement pour éviter les inondations, empêche de le voir.

Pas de Mississippi donc ! Mais à la place nous avons eu la possibilité de voir le visage industriel de la Louisiane. Déjà à Baton Rouge, du haut du State Capitol, on apercevait cette activité industrielle mais, là, on l’a vue de vraiment très près. Raffineries de pétrole, pipelines, carrières de soufre et autres installations industrielles jalonnent cette route et rythment le paysage.

Même si ce n’est évidement pas la plus jolie partie de la Louisiane que nous ayons vu, j’ai trouvé que c’était quand même intéressant de voir tout ça. On se rend alors bien compte de l’importance du Mississippi, voie de transport importante à travers les Etats-Unis, auquel toutes les industries sont reliées. On voit ce qui fait vivre cet Etat (qui compte une grande partie des raffineries des Etats-Unis) au-delà du tourisme et de l’agriculture.

Houmas House Plantation and Gardens

Même si on avait décidé de ne visiter qu’une plantation, cela ne nous a pas empêcher de faire des petits arrêts pour en observer d’autres. La première pour laquelle on a fait un arrêt (et ou j’ai failli craqué sur le « on en visite qu’une » à la vue du jardin), c’est la Houmas House Plantation.

Aussi appelée Burnside Plantation, The Houmas est composée d’un « historic plantation complex » et d’une « house museum » (désolée j’adhère pas à la version française de ces deux appellations donc je les laisse en VO). La plantation existe depuis le début du 18e siècle et la maison principale a été finalisée en 1840.

Depuis le parking, nos yeux se posent sur une mignonne grange en briques avec des grands fûts en bois à côté, l’entrée du site historique. On se rapproche des grilles, on aperçoit le jardin, vert, luxuriant, magnifique, une belle mare surmontée d’une fontaine, de belles sculptures, et là, cachée au milieu de la végétation, la « main house » avec ces belles colonnes blanches et son balcon qui entoure tout le premier étage.

On prend rapidement quelques photos, avant que je sois rattrapée par la tentation, et on remonte en voiture.

Je vous rassure, aucune Pauline n’a été maltraitée pendant ce voyage. Bien sûr, curieuse comme je suis, j’aurais aimé visiter plus de plantations mais il aurait fallu qu’on reste au moins 3 mois en Louisiane pour pouvoir tout voir et qu’on ait vendu nos meubles ou un rein avant de partir pour avoir le budget de toutes nos envies. Et puis ça laisse des choses à voir pour un deuxième voyage là-bas ! 

(Et si vous voulez voir plus de photos et en savoir plus sur Houmas House, je vous invite à lire l’article de Martine qui s’est sentie comme Scarlett O’Hara dans les beaux jardins de cette plantation)

Oak Alley Plantation

Un peu plus loin sur la River Road, les panneaux pour Oak Alley Plantation se font de plus en plus nombreux. Cette plantation est une des plus (voire la plus) connue de Louisiane car son allée bordée de 28 chênes plusieurs fois centenaires est un des symboles de la Louisiane et que plusieurs films ont été tournés dans la propriété.

Comme pour sa (presque) voisine Houmas House, l’histoire d’Oak Alley Plantation commence au début du 18e siècle et l’imposante bâtisse à colonnes date du milieu du 19e siècle.

Sur le parking, beaucoup de voitures sont garées et de nombreux groupes s’apprêtent à visiter la plantation, on ne regrette pas notre choix, visiter au milieu de tout ce monde n’aurait sûrement pas été une partie de plaisir. Depuis le portail, on profite de la belle vue sur l’impressionnant parc qui entoure la maison qu’on aperçoit au loin. La célèbre allée est visible, elle, depuis River Road (à noter qu’il est interdit de s’arrêter en voiture le long de la route).

Laura Plantation

3,7 miles plus tard, nous voilà arrivés à destination : Laura Plantation. Pour entrer sur le site de la plantation et acheter nos billets d’entrée (20 $), il faut passer par la boutique de souvenirs, qui a pris place dans ce qui était auparavant le magasin de la plantation.

On prend deux billets pour la visite guidée en anglais (mais il y en a aussi en français à certaines heures) qui commence 15 minutes plus tard, de quoi nous laisser un peu de temps pour faire un tour dans la boutique et discuter avec un local qui, ayant compris qu’on était français, se fait un plaisir de nous parler en VF !

Puis vient le moment de la visite et dès les premières minutes, on sait qu’on a bien fait de choisir cette plantation. Notre guide est passionné et passionnant, le lieu magnifique et son histoire promet d’être très intéressante.

Laura Plantation est l’une des dernières plantations créoles (« créole » était le nom donné aux personnes nées dans les colonies en Louisiane, parlant le français et pratiquant la religion catholique, il existait donc des créoles espagnols, allemands, etc.) de l’Etat, construite par des français dans un style caraïbe, alors que la plupart des maisons de plantations, comme celles que nous avons vues autour de Natchitoches ou à Natchez, sont des maisons de style antebellum et anglo-saxon.

Elle possède donc des caractéristiques propres aux maisons créoles : façade colorée, larges portes, toit rouge, galerie autour de la maison (qui sert à refroidir l’air avant qu’il entre dans la maison), des poutres en cyprès (visibles au rez-de-chaussée), exposition face au Mississippi (pour profiter de l’air frais venant du fleuve, même si encore une fois on ne le voit pas) et surélévation pour éviter les inondations.

Là-bas au loin, derrière la butte, coule The Great River
Le petit chemin pavé qui permet d’accéder à la maison principale depuis le magasin de la plantation

La visite de Laura Plantation commence par la maison principale. Mais avant de découvrir l’intérieur, on visite le rez-de-chaussée où l’on apprend que cette batisse a été construite en 11 jours par un esclave sénégalais. Cette prouesse a été rendue possible par le fait que la maison est parvenue « en kit » sur la propriété, chaque morceau de bois étant numéroté. La maison a été construite en cyprès car c’est un bois durable qui résiste à la fois à l’eau et aux termites, celui de Laura Plantation a 600 ans et il est en parfait état de conservation.

De l’architecture de la maison, on bascule doucement vers l’histoire de la famille Duparc qui a construit et vécu dans cette maison pendant 200 ans. Après avoir participé à la révolution américaine au côté de Washington et Lafayette, Guillaume Duparc (l’arrière grand-père de Laura) fonde la plantation et fait construire la maison, entre 1804 et 1805. Comme à Houmas House et Oak Alley, c’est ici la canne à sucre qui était cultivée sur les 5000 hectares de la propriété.

L’histoire de cette famille et des quatre générations qui se sont succédées sur ces terres est connue grâce aux mémoires rédigées (achevées en 1936) par Laura Locoul et à des documents concernant cette propriété qui se trouvent aux Archives Nationales de Paris.

Je ne vais pas ici vous raconter l’intégralité de cette histoire car c’est réellement ce qui fait la force et l’intérêt de cette visite, l’histoire du lieu à travers la vie de 4 femmes, dont Laura, et je ne voudrais pas gâcher le plaisir de la découverte à ceux qui iront un jour visiter ce lieu. Pour ceux qui veulent à tout prix connaître l’histoire, vous trouverez toutes les informations sur le site internet de la plantation.

Une fois la visite du rez-de-chaussée terminée, nous retrouvons la lumière et le soleil à l’extérieur pour une petit visite du magnifique et luxuriant Jardin Français de la propriété, d’où l’on peut voir d’autres facettes de la maison principale mais aussi d’autres bâtiments de Laura Plantation.

Nous reprenons ensuite le cours de la visite de la maison principale et le voyage dans l’histoire de cette famille. La maison était divisée en deux parties : un côté pour les hommes et l’autre pour les femmes. Au fil des pièces que l’on explore, on en apprend davantage sur la vie de la famille Duparc, celle des créoles en Louisiane d’une manière plus générale et aussi celles des esclaves.

Contrairement à la plantation que nous avons visité à Natchez, ici les pièces sont simples et la décoration assez sobre, on ne retrouve pas le faste et le luxe de la plupart des maisons de planteurs. Par contre, on retrouve la couleur présente à l’extérieur et des pièces de mobilier en bois particulièrement jolies et élégantes.

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En 1984, soit 180 ans après sa fondation, la plantation de canne à sucre est abandonnée. La propriété n’aura appartenu qu’à deux familles créoles et le français aura toujours été la langue parlée ici. Pendant 9 années, le site ne trouve pas d’acheteur et tombe en ruine petit à petit. Il est racheté en 1993 par 30 personnes qui, l’année suivante, l’ouvre au public afin de collecter les fonds nécessaires à sa restauration. En 2004, un incendie du à un problème électrique détruit une partie de la maison qui est restaurée une nouvelle fois, toujours avec la volonté de rester fidèle à l’histoire du lieu.

Comme je vous le disais un peu plus haut, à Laura Plantation, on parle de la vie des esclaves et de ce qu’elle était réellement, ce qui est finalement (et malheureusement) assez rare sur les sites de plantation. Pour évoquer en détail la vie des esclaves, la visite se poursuit donc à l’extérieur, près des 6 cabanes encore présentes sur le site qui en comptait autrefois 69.

Pour se rendre dans la partie où se trouve les cabanes, nous traversons le jardin potager, l’occasion de découvrir les noms des légumes et des herbes aromatiques en créole, une manière originale de délimiter des parcelles de terrain (pour savoir, il faut regarder le diaporama !) et d’apercevoir d’autres bâtiments de la propriété (et notamment la maison construite et occupée par Nanette, l’arrière-grand-mère de Laura et femme de Guillaume Dupard).

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Les cabanes d’esclaves, construites elles aussi en bois, étaient généralement partagées par deux familles. Dans la cabane que l’on visite se trouve un document reprenant le nom des esclaves affranchis, l’occasion pour notre guide de nous apprendre que beaucoup, ne sachant pas quoi faire d’autre et n’ayant pas de famille en dehors, continuaient de travailler sur la plantation pour un salaire qu’ils ne pouvaient dépensaient qu’au magasin de la plantation (!) …

Puis, arrive finalement la fin de cette riche et émouvante visite sur ce site exceptionnel de Laura Plantation. Exceptionnel pour la beauté de l’architecture de cette maison créole, de son jardin français mais aussi pour sa richesse historique.

Cet endroit est un important témoignage du passé des Etats-Unis et de la culture créole, un endroit à préserver (et dont certains bâtiments sont aujourd’hui toujours à restaurer, comme la maison de Nanette par exemple) pour que les générations futures puissent aussi apprendre l’histoire de Laura Plantation et toutes celles qui en découlent.

Quelques informations pratiques à propos de Laura Plantation :

  • Laura Plantation est située à Vacherie, à environ 80 kilomètres de La Nouvelle-Orléans et de Baton Rouge.
  • L’entrée sur le site coûte 20 dollars pour un adulte, 6 dollars pour un enfant (gratuit pour les moins de 6 ans).
  • Il est possible de faire la visite en anglais (départ des visites toutes les 40 minutes entre 10h et 16h) ou en français (départ des visites à 11h, 13h et 15h).
  • Le parking est gratuit, tout comme l’entrée dans le Laura Plantation Store où vous pouvez acheter des souvenirs de la Plantation et des snacks.

Épinglez-moi !

13 Replies to “Road trip en Louisiane : sur la Route des Plantations”

  1. Superbes photos hautes en couleur, une histoire riche et touchante, des paysages magnifiques, cette mousse sur les arbres… je veux découvrir la Louisiane !

    1. Je te confirme, il FAUT que tu la découvres ^^ ! La Louisiane c’est magnifique et tellement riche culturellement, historiquement, etc. J’ai pas de comparaison avec d’autres états (pour l’instant) mais je regrette vraiment pas d’avoir commencé par celui-là 🙂

  2. Louisiane et Mississipi on avait adoré avec les enfants. Une petite partie du voyage à travers les Etats-Unis (1 an) mais de grands souvenirs. Laura Plantation est très connue et superbe. Nous avions aussi visité Nottaway plantation à White Castle, première rencontre avec le Mississipi. Génial. Philippe

    1. Waw, un voyage d’un an aux Etats-Unis ça doit être génial, plein de temps pour vraiment profiter de chaque étape et surtout la possibilité de faire beaucoup d’étapes et de voir toutes les choses différentes que ce grand pays a à offrir ! Nottoway Plantation a l’air colossale et majestueuse, ça doit être un sacré souvenir aussi ! Merci pour votre passage sur mon blog et votre commentaire en tout cas 🙂

  3. En lisant ton article, j’avais un peu l’impression de m’y balader avec toi, c’est super 🙂 ! Tu m’as vraiment donné envie de découvrir les plantations et cette partie de l’histoire des Etats-Unis que je ne connais presque pas du tout ! Merci :).

    1. Très contente que tu aies ressenti tout ça à la lecture de mon article 🙂
      C’est assez lourd comme passé mais c’est important de s’y intéresser oui. Malheureusement, toutes les plantations ne parlent pas forcément beaucoup des esclaves, c’est parfois un peu tabou …
      Si un jour tu vas en Louisiane et que tu as besoin de plus d’informations / conseils, n’hésites pas !

      1. Merci beaucoup ! La Louisiane n’est pas sur ma liste pour le futur proche mais j’aimerais beaucoup y aller, d’ici quelques années peut-être 🙂 ! Bisous

  4. Tes photos sont très belles. Cela devait être un superbe voyage, je rêve d’y aller !

    1. Merci beaucoup Christel 🙂 C’était un super voyage oui, on en a pris plein les mirettes ! Tu avais fait une croisière sur un bout du Mississippi toi non ? Ça doit être super ça aussi !

      1. Oui c’était très sympa mais c’était trop rapide… Je vais devoir y retourner. Avec grand plaisir, cela dit !

        1. Et quand tu y retourneras tu pourras faire un tour en Louisiane !

  5. Merci pour la visite. Quand je vivais aux US j’ai eu l’occasion de visiter de nombreux états mais pas la Louisiane. Et ça me manque !

    1. Je savais pas que tu avais vécu aux USA, tu y restée longtemps ? Tu as visité quels états ?
      Je t’avoue que je suis bien contente d’avoir commencé par celui-là, c’est tellement riche du point de vue historique, architecture, gastronomie et humain aussi, c’était un vrai régal !

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