L’art de se balader au hasard dans Paris

Un week-end prolongé à Paris en décembre dernier m'a donné l'occasion de découvrir des lieux de Paris que je ne connaissais pas encore et d'en revoir certains (bon un seul en fait, le Jardin du Luxembourg). Partie du Métro Convention, dans le 15e arrondissement, au sud de Paris, je m'étais fixé comme objectif d'atteindre le Musée d'Orsay, dans le 7e, juste au-dessous de la Seine.

Mais comme je tiens (sûrement) plus du papillon que de la fourmi, je n'ai pas vraiment suivi le chemin le plus logique, j'ai marché 20 kilomètres dans la journée, atteint le musée d'Orsay sept heures après le début de ma balade, mais j'ai passé une excellente journée en laissant au hasard et à ma curiosité le soin de guider mes pas. Récit d'une belle balade, résolument tournée vers l'art, que je vous recommande vivement !

L'Hôtel Pullman Paris Montparnasse

Me voilà au pied de la Tour Montparnasse. Et c'est là que tout part en vrille. Jusqu'à elle, je suivais un chemin à peu près logique, changeant juste de trottoirs en fonction des choses que je voulais voir de plus près ou au contraire de plus loin pour prendre une photo. Arrivée aux pieds de la Tour donc, j'avoue, je me plante complètement de direction. J'ai pourtant un bon sens de l'orientation, mais cette fois-ci il a failli (oui c'est lui, pas moi) ... et en fait tant mieux !

Au lieu de continuer vers le nord, je marche en direction du sud, sur l'Avenue du Maine et c'est là que je fais une première belle découverte, parfait prélude à une journée de découvertes fantastiques. Arrivée à la hauteur du Centre Commercial Gaîté-Montparnasse, je tourne la tête vers la droite et aperçoit sur un bâtiment peint en blanc des traits noirs qui semblent s'aligner avec les lignes de l'hôtel Pullman situé derrière. Je m'arrête donc et essaie de trouver le bon emplacement pour que ce puzzle, volontaire ou non, je n'en sais rien encore, s'assemble.

Alors que je prends ma photo, un homme sort du bâtiment zébré. Il apprécie mon intérêt pour l'installation, m'explique qu'il est en charge du projet et m'indique le lieu exact où je dois me placer pour voir l'alignement parfait : de l'autre côté de l'avenue, au niveau de la bouche de métro. Après l'avoir remercié, je traverse donc la rue, rejoint la station de métro et la magie opère. Les lignes dessinées sur le bâtiment du Centre Commercial prolongent parfaitement celles de l'hôtel, donnant l'illusion d'un code-barres géant en plein milieu de la ville.

Je reprends ma route, légère, joyeuse, grisée par la coïncidence, amusée par l'art de bien faire les choses du hasard, et j'oublie définitivement mon sens de l'orientation et me retrouve à errer dans le 14e arrondissement pendant un moment avant de me dire qu'il faudrait peut-être que je regarde où je suis (pas du tout où je pensais donc) !

Les Grands Voisins

10h30, j'ai déjà fait plus de 7 kilomètres et une pause café. J'ai finalement réussi à m'extirper du 14e arrondissement et à retrouver un lieu que je connais, Denfert Rochereau. Je reprend ma balade vers mon objectif, toujours inchangé, le musée d'Orsay. Je marche le long de l'Avenue Denfert Rochereau quand j'aperçois une vitrine qui attire mon œil, un sapin composé de vieux livres y est exposé.

Evidemment, je traverse, j'observe, et ma curiosité m'emmène alors jusqu'à un grand portail jaune, ouvert sur un lieu qui la titille encore plus (ma curiosité). Directement sur la droite, je découvre une ressourcerie où vêtements et objets anciens cohabitent sous des guirlandes.

Je continue ma balade au milieu des grands bâtiments de l'ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul, au milieu des installations en bois, en plastique, en pierre, en ferraille, en couleurs qui occupent maintenant l'espace. Des fresques égayent les murs abandonnés, renforcent le décalage entre le côté officiel et rectiligne du lieu et son utilisation actuelle. Je me perds au milieu des bâtiments, à la recherche de toutes les jolies choses qui se cachent dans ce lieu inattendu.

Les Grands Voisins, puisque c'est comme ça que s'appelle cet endroit, est un lieu alternatif où se mêlent toutes sortes d'activités culturelles, des dispositifs d'insertion, des lieux de rencontres et d'échanges, etc. Il y règne une belle atmosphère, une effervescence palpable et communicative et j'en suis repartie avec un sourire encore plus grand qu'en arrivant.

La Fontaine de l'Observatoire et le Jardin des Grands Explorateurs

Un peu plus loin, après la jolie sortie de métro Port-Royal, je découvre l'impressionnante et magnifique Fontaine de l'Observatoire qui trône à l'entrée sud du Jardin des Grands Explorateurs.

Il faut que je vous dise, j'adore la sculpture, c'est une des formes d'art qui me touche le plus (avec la photographie, la musique et l'architecture). Je suis toujours impressionnée de voir (et d'imaginer) le travail de la matière par le sculpteur ; la minutie, les détails, sur des matières pourtant peu modulables, m'interpellent et me fascinent.

Et devant cette fontaine entièrement ornée de sculptures magnifiques et criantes de réalisme, impossible pour moi de pas être impressionnée ! Le reste du Jardin des Grands Explorateurs étant lui aussi décoré de jolies sculptures, ma balade sculpturo-contemplative continue donc jusqu'aux grilles du Jardin du Luxembourg, des étoiles plein les yeux et le sourire toujours bien accrochée à mes lèvres (en y repensant, j'ai du passer pour une illuminée plusieurs fois au cours de cette journée !).

Le Jardin du Luxembourg

J'y ai déjà été plusieurs fois, mais je ne peux pas m'empêcher de le traverser quand même ce jour-là, j'ai envie de voir un peu de nature au milieu de cette jungle urbaine. Je passe le grand portail et une idée me vient à l'esprit : et si je profitais d'être au Jardin du Luxembourg pour voir les orchidées abritées dans ses serres ? Je cherche sur le plan, sur Internet, pas d'infos. Je continue ma balade à travers le Jardin du Luxembourg, où la nature est tout de même un peu en berne (vu qu'on est en décembre, je vous le rappelle), en espérant trouver des informations ailleurs.

En attendant de trouver mon bonheur (et les fleurs), je profite de la jolie vue sur le bâtiment du Sénat ; j'observe les belles sculptures féminines qui se trouvent autour du bassin du Jardin, leurs silhouettes blanches devant celles des arbres, noire sombre, dépourvues de feuilles, le contraste des couleurs, celui des matières aussi, l'une naturelle et friable, l'autre travaillée et solide.

J'arrive au niveau du Musée du Luxembourg, toujours pas de trace des serres. Mais cette quête des orchidées me galvanise, j'espère tellement les voir que je questionne plusieurs personnes (je vais même jusqu'à demander aux gardes à l'entrée du Sénat !), moi qui d'habitude n'ose pas trop faire ça. Personne ne sait, alors je m'en remets à Internet où j'apprend finalement que les serres ne se visitent que pour les Journées du Patrimoine ... Zut ! ... allez tant pis, la balade était belle et la quête aussi, je me remets en marche vers le nord et mon objectif, le musée d'Orsay.

L'Eglise Saint-Sulpice

Au croisement de la Rue de Tournon et de la Rue Saint-Sulpice , je tourne la tête en direction de l'ouest et aperçois un bâtiment massif, imposant, à l'architecture travaillée : cap à l'ouest donc ! J'arrive sur la place Saint-Sulpice et prend quelques minutes pour observer cet imposant bâtiment que je découvre, l'Eglise Saint-Sulpice, et sa façade un peu déroutante.

Déjà, depuis la rue Saint-Sulpice, le contraste de couleur entre la façade et le reste de l'église est étonnant : la pierre utilisée est-elle différente ou l'édifice a-t-il été seulement en partie restauré ? La façade elle, est surprenante par l'absence de symétrie, les deux tours qui la coiffent sont différentes, mais aussi par son style, assez singulier pour une église.

Je décide d'aller voir si le spectacle architectural se poursuit à l'intérieur et découvre une très belle nef. Je fais le tour de cette grande église (la deuxième plus grande à Paris après Notre-Dame) en empruntant les collatéraux, observe les petites chapelles, parfois un peu défraîchies. Malgré cela, l'église reste très belle et son péristyle, que je n'avais pas trop regarder en entrant, termine parfaitement bien cette visite architecturo-contemplative !

L'Eglise de Saint-Germain-des-Prés

Ma déambulation parisienne se poursuit et je me retrouve finalement à Saint-Germain-des-Près. Là aussi, c'est ma première rencontre avec l'Eglise de Saint-Germain-des-Près et quelle surprise ! J'ai l'impression d'être dans un petit village de campagne. Cette église aux allures simples, classique, et sans trop de fioritures n'a pas grand choses à voir avec les églises parisiennes que je connais déjà, à commencer par celle dont j'arrive.

A ses pieds s'étend un marché de Noël (voir Paris dans ses habits de Noël faisait partie des choses qui m'emballait à propos de ce séjour) mais, peut-être à cause de la foule ou simplement poussée par ma curiosité à découvrir l'intérieur de cette jolie église, le marché ne m'intéresse pas et je rentre bien vite dans l'église. Quelle claque visuelle ! Cette profusion de couleurs, de détails dessinés, peints, sculptés ... Je suis complètement sous le charme, impressionnée, chamboulée.

De l'extérieur elle parait assez sobre, avec son clocher occidental presque "classique" (mais qui a quand même quelques singularités) et à l'intérieur c'est un véritable tableau de maître, un bijou, un canevas de jolies choses, une pièce de haute couture ... C'est une magnifique surprise (encore une) et je n'en finis pas de m'émerveiller devant ses détails (et heureusement qu'à ce moment-là j'avais faim sinon je serais peut-être encore dedans aujourd'hui !)

L'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts

Après un excellent repas au bistrot Le Pré aux Clercs, je reprends mon chemin vers le musée d'Orsay. J'ai regardé, en longeant la Seine, ce que j'ai décidé de faire, il faut 15 minutes pour y arriver. Oui mais voilà, sur mon chemin se trouve l'Ecole des Beaux-Arts et ma curiosité (encore elle) se manifeste encore une fois.

A Munich, j'ai pu visiter l'Ecole des Beaux-Arts accompagné de mon cousin qui y fait ses études ; ici l'Ecole a pignon sur rue et un grand hall d'accueil, il y a sûrement moyen de s'y balader non ? J'entre par la porte du Quai Malaquais (ça ne s'invente pas) et me renseigne à l'accueil, toute l'Ecole se visite et des œuvres sont exposées dans différents salles. Je suis joie ! J'avais beaucoup aimé l'ambiance de cette école à Munich et j'ai hâte de découvrir l'ambiance parisienne.

Je traverse une première pièce (magnifique) où se trouve une oeuvre de Karla Black, je découvre les espaces de vies des étudiants, la décoration du lieu, ces cours extérieures, quel bel écrin pour étudier ! Je rentre ensuite dans le Palais des Etudes et sa cour vitrée et c'est un nouveau coup de foudre, une nouvelle claque visuelle pour ce bâtiment à l'architecture remarquable, qui, en prime, est orné de statues magnifiques.

Me voilà à nouveau totalement charmée, je vais d'un coin à l'autre de la pièce pour ne pas en perdre une miette, j'emprunte les escaliers pour voir la pièce d'en haut, l'occasion aussi de découvrir les beaux couloirs, d'autres salles et la bibliothèque. Je reste de longues minutes, à observer les changements de lumière, les détails, l'ensemble. Sous le charme.

J'arrive enfin à quitter ce lieu envoûtant, hypnotisant de beauté, et rejoins la Cour du Mûrier, elle aussi magnifique, mais malheureusement en travaux à ce moment-là.

Une des salles de la bibliothèque des Beaux-Arts

Cour du Mûrier

Le musée d'Orsay

15h30. Me voici enfin arrivée au musée d'Orsay (à peine sept heures plus tard donc). C'est ma première visite de ce musée, je l'ai longtemps repoussée car, dans mon esprit, c'était surtout un musée de peinture (et vous l'aurez peut-être déduit un peu plus haut, la peinture ne fait pas partie des arts qui m'emballe, j'ai même beaucoup de mal à accrocher avec plusieurs styles de peinture #jeudiconfession).

Mais l'attrait pour le bâtiment qui abrite ce musée et un peu de curiosité, quand même, de voir certains tableaux célèbres en vrai motivent ma visite ce jour-là. Sans trop de surprises, ce ne sont pas les peintures qui occupent la plus grande partie de mon temps mais ... la collection exceptionnelle de sculptures du musée d'Orsay (et aussi la beauté du lieu en lui-même) ! Et ça, ça a été une très belle surprise.

J'ignorais que le musée possédait une telle collection de sculptures, et surtout des sculptures aussi magnifiques, travaillées avec minutie et talent. Au cours de ma visite, j'ai plusieurs coups de cœur, je revois une partie de la Fontaine de l'Observatoire et puis j'ai LE coup de cœur, celui qui donne la chair de poule et les larmes aux yeux devant Les Torchères, d'Albert-Ernest Carrier-Belleuse. Je ne sais pas vraiment expliquer pourquoi, mais ces deux sculptures sont pour moi les plus belles du musée et depuis cette visite j'ai envie d'aller les voir dans leur "habitat naturel", l'Opéra Garnier.

Je continue ma visite, impressionnée par cette gare magnifique, par les belles collections d'arts décoratifs et aussi, quand même, par certaines peintures, célèbres ou non.

Les quatre parties du monde, élément de la Fontaine de l'Observatoire
Les Torchères <3 <3 <3

Épilogue et conseils pratiques

Après cette longue (et magnifique) journée de visite mes jambes commencent à ne plus me porter, les batteries de mon appareil photo sont à plat et celle de mon téléphone arrive aussi en fin de course (je me retrouverais d'ailleurs avec un portable éteint alors que je dois retrouver Nico dans un métro après sa journée de formation, la panique (mais on s'est retrouvés comme prévu, ne vous inquiétez pas)).

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Si vous aussi, vous voulez faire cette jolie balade à travers Paris, évitez de vous perdre dans le 14e arrondissement au départ, ça vous allégera de quelques kilomètres ! En ne faisant aucun détour entre les étapes citées, vous devriez faire environ 9 kilomètres (sans compter la marche sur chacun des sites). Vous pouvez aussi, contrairement à moi, faire certaines portions du trajet en bus ou en métro (sachant que, pour moi, si c'était à refaire, je referais tout à pied, pour ne rien manquer de ce que j'ai vu entre les étapes et voir encore d'autres choses !).

Côté finance : l'entrée des Grands Voisins, des deux églises et des jardins est gratuite ; celle de l'Ecole des Beaux-Arts et du musée d'Orsay sont payantes (cliquez sur les liens pour connaître les tarifs et heures d'ouverture)

Le bistro Le Pré aux Clercs est un endroit agréable mais très prisé, il sera peut-être compliqué d'y trouver une table, à moins de réserver.

Cette balade faite d'art et de (jolis) hasards, sur une carte ça donne ça :

Épinglez-moi !

2 Replies to “L’art de se balader au hasard dans Paris”

  1. Génial ce code-barres. Je me rends rarement dans le quartier de Montparnasse. C’est un tort.
    Ce que j’aime avec St Sulpice et St Germain est qu’il y a toujours une surprise qui nous y attend. Un truc que l’on n’a pas vu la fois précédente. Concernant Saint Sulpice,on constate des « trous » au niveau de la tour sud, c’est parce qu’elle est inachevée.
    Belle balade Pauline. J’imagine comme tu devais être sur les rotules en fin de journée. Comme toi, j’adore marcher et laisser le chemin décider de ma destination.

    1. J’imagine bien que les « surprises » doivent être intarissables à Saint Sulpice et Saint Germain, elles sont tellement travaillées, il faudra que j’y retourner c’est sûr (notamment pour voir ces « trous » dont tu parles puisque je ne les ai pas vus !). J’étais sur les rotules oui mais vraiment heureuse de cette journée et de toutes ces belles découvertes ! Le hasard c’est notre meilleur allié 😉

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