Parenthèse colorée à San Sperate, pionnière du muralismo en Sardaigne

On revient tout juste de notre troisième séjour en Sardaigne, de belles images plein la tête ... Les roches rouges qui baignent dans l’eau turquoise ; les montagnes aux contours parfois acérés, majestueuses de jour comme dans le ciel déclinant de fin de journée ; les routes qui traversent ces paysages tout en relief ; les galets multicolores qui tapissent le fond de la mer ; les vieilles pierres assemblées soigneusement, vestiges d’une civilisation qui n’a pas encore livré tous ses mystères ; les villages à flanc de montagnes, comme suspendus entre les sommets et le fond de la vallée ; l’eau cristalline dans laquelle virevolte des dizaines de poissons aux couleurs variées ; l’omniprésence des oliviers, des figuiers et des lauriers quel que soit le lieu où l’on se trouve ... et tant d’autres instantanés magnifiques, gravés dans nos mémoires.

Je reviendrais bien évidemment en détail sur ce séjour prochainement, avec plein d'informations pratiques, et en attendant vous pouvez d'ores et déjà consulter la carte de ce voyage et me poser des questions si vous en avez !

Des instantanés magnifiques, en Sardaigne, il y en a aussi beaucoup tracés sur les murs des villages. On connaissait ceux d’Orgosolo (que l’on avait visité lors de notre deuxième séjour), sûrement les plus célèbres de l’île, on a eu le plaisir d’en contempler d’autres à Urzulei, Mamoiada et Fonni, mais aussi bien loin de ces villages du centre est de l’île, à San Sperate.

Au sud de l’île, à quelques kilomètres de Cagliari, San Sperate ressemble, de prime abord, à une petite ville plutôt banale, entourée de terres agricoles fertiles et traversée par une route assez fréquentée. A San Sperate, il n’y a pas de monument impressionnant, simplement des bâtiments et des maisons assez bas pour la plupart, collés les uns aux autres, en bordure de rues étroites. Mais, en y regardant de plus près, on observe, ça et là, sur ses murs, des couleurs, des formes, des matières qui donnent un autre visage à cette petite ville.

Cette fresque représente un masque punique retrouvé lors de fouilles dans une des nécropoles datant de la domination des Phéniciens aux 4e et 3e siècle avant notre ère

L'histoire de San Sperate à travers les siècles

Le site aujourd'hui occupé par la petite ville de San Sperate est habité depuis le 18e siècle avant notre ère. De nombreux vestiges ont été trouvés et témoignent de la présence humaine ainsi que de la culture des terres à cette époque-là.

Au cours des 4e et 3e siècles avant notre ère, le territoire de San Sperate était occupé par les Phéniciens. Ceux-ci ont laissé de nombreux vestiges, et notamment ceux de quatre nécropoles et les habitations auxquelles elles étaient rattachées.

Entre le 3e siècle avant notre ère et le 5e siècle, San Sperate passe sous domination romaine. Entre 455 et 533, la ville est dominée par les vandales, à qui elle doit d'ailleurs son nom. En effet, les évêques africains exilés en Sardaigne par le roi vandale Thrasamund, qui règne alors sur l'Afrique du Nord, ont emporté avec eux des reliques de saints d'Afrique du Nord et notamment celle de Saint Spérat, martyr originaire de Tunisie qui donnera son nom à la ville.

A partir du 6e siècle et jusqu'au 13e siècle et l'occupation pisane, San Sperate est dominée par Byzance, comme une large partie de l'île. C'est à cette période que sont construites les deux églises romanes consacrées à Saint Jean et Sainte Lucie.

San Sperate, comme certaines autres parties de la Sardaigne, passe ensuite sous domination aragonaise, puis espagnole avant de dépendre de la Maison de Savoie. En 1847, San Sperate fait partie du Royaume de Sardaigne et ce jusqu'en 1861 et la proclamation du royaume d'Italie.

Après la Seconde Guerre mondiale, en 1948, la Sardaigne devient une région à statut spécial, lui donnant une certaine forme d'autonomie par rapport à l'Italie. Dans les années 1950, un processus de rationalisation de l'agriculture est mis en place afin d'augmenter et d'améliorer la production agricole, San Sperate devient alors célèbre dans toute l'île grâce aux nouvelles variétés de pêches et d'agrumes qui y sont implantées.

San Sperate, Paese Museo aux origines du muralismo en Sardaigne

Estampillé « village-musée » (Paese Museo en italien) depuis 1967, San Sperate est en fait le premier village dont les murs ont été habillés de peintures, avant que le phénomène ne se propage ailleurs sur l'île, et notamment à Orgosolo. A cette époque, de nombreux artistes italiens et étrangers habitaient San Sperate et organisaient sur place des rencontres culturelles, des spectacles musicaux ainsi que des représentations théâtrales.

L'idée de ce « village-musée » est le fruit d'une initiative de Pinuccio Sciola, un sculpteur local (célèbre pour son travail sur les "pierres qui chantent"). A l'occasion d'une célébration religieuse, la Fête-Dieu, le sculpteur a peint les murs des maisons en blanc avant d'y peindre des scènes de vie locale et d’autres éléments plus ou moins proches de la culture et de l’histoire sardes. Il a ensuite invité de nombreux artistes à le rejoindre et à exposer leurs œuvres directement sur les murs de San Sperate.

Dans les années 70, alors que la Sardaigne connaît une période artistique très riche, les fresques de San Sperate inspirent d'autres artistes, dans d'autres villes et villages de l'île, à s'exprimer sur les murs. Cette forme d'art porte en Sardaigne le nom de muralismo.

Aujourd’hui, San Sperate compte plus de 400 œuvres sur ses murs et des dizaines d’autres installations artistiques et sculptures sur ces places et dans ses rues. Chaque coin de rue apporte son nouveau lot de couleurs, d’images, d’exclamations … Trompes l’œil, peintures abstraites, graffitis, … les styles se mélangent, cohabitent et forment un patchwork coloré merveilleux dans les rues de San Sperate.

Sur les murs de San Sperate

Ce lundi matin d’août où nous avons arpenté les rues de San Sperate, les voitures, camions et deux-roues qui traversaient la ville, sans s’y arrêter, étaient nombreux. Pourtant, il y a tant à voir dans cette petite ville de la plaine du Campidano. Il y a tant à voir, qu’à chaque carrefour, on hésite longtemps avant de choisir une rue plutôt qu’une autre pour continuer le cheminement dans ce musée à ciel ouvert. La Via Cagliari, la via Roma, la via Vittorio Emanuele, ... toutes les rues de San Sperate abritent des merveilles, toutes les rues offrent une palette de couleurs, une histoire, un fragment de Sardaigne ou quelque chose de plus universel.

Rapidement, la promenade dans les rues de San Sperate devient une chasse au trésor géante ; les yeux scrutent chaque recoin de mur pour découvrir d’autres formes, d’autres nuances irisées, pour poursuivre la contemplation, pour nourrir l’imagination et cette envie d’en savoir toujours plus sur cette île et son histoire.

De grands axes en petites rues, on a découvert le travail de nombreux artistes, dont certains qui ont marqué de leur style plusieurs murs de la ville comme Angelo Pilloni, peintre natif de San Sperate et spécialiste du trompe l’œil, qui a réalisé au total 18 fresques dans la ville. En plus des murs, les couleurs recouvrent aussi des éléments du mobilier urbain mais aussi les routes, puisque certaines avaient été peintes en 2011 dans le cadre d'un projet de valorisation du centre ville.

San Sperate, c'est aussi de jolies portes et surtout d'agréables petite rues colorées et décorées de milles et unes manières. Faire une balade dans cette petite ville du Campidano, où la créativité et les émotions s'expriment dans chaque rue, c'est vivre un moment à part, agrandir sa collection de photos de dizaines d'instantanés colorés, repartir en ayant l'envie de peindre, des étoiles plein les yeux et l'envie de lancer le même genre d'initiatives ailleurs !

Pour plus d'informations sur le village de San Sperate, vous pouvez visiter le site de la commune et celui de l'Office de Tourisme.

Si vous souhaitez voir d'autres photos des peintures de San Sperate, je vous recommande d'aller sur le site Trompe L’œil ... ou de planifier dès maintenant un voyage en Sardaigne 😉 !

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6 Replies to “Parenthèse colorée à San Sperate, pionnière du muralismo en Sardaigne”

  1. Wow c’est vraiment magnifique ! Je ne savais pas qu’on pouvait trouver ce genre de fresques en Sardaigne !

    1. La Sardaigne possède de nombreux trésors, et les villages aux murs peints en font partie ! Au-delà des plages qui sont souvent très largement mises en avant, la Sardaigne possède un patrimoine, naturel et historique, très riche, c’est une île magnifique et passionnante ! 🙂

  2. Tellement envie de découvrir la Sardaigne ! Je vais te suivre pas à pas 😀

    1. Haha ! Je ne sais pas si mon blog te sera d’une grande utilité vu que tu as ton guide perso ^^

  3. Tu viens de me donner un coup de coeur pour cette ville! On ne s’attend tellement pas à ça sur cette île.

    1. Cette île a tout, elle est parfaite 💙 (il y a même de la neige en hiver 😁) (Bon par contre pour la poutine je sais pas)

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