Une escale hors du temps à Pasaia

Il y a des endroits comme celui-là dont on attend pas autant mais qui pourtant nous bouleverse durablement. Il reste dans nos mémoires comme des lieux vraiment à part, pour la beauté du paysage, un patrimoine à part, une culture et une histoire particulière. Pasaia est resté gravée dans ma tête pour tout ça à la fois.

Partis de Donostia (Saint-Sébastien en français / San Sebastián en espagnol) pour rejoindre Hondarribia (Fontarrabie en français / Fuenterrabía en espagnol), nous avons rapidement fait étape sur notre route puisque Pasaia (Pasajes en espagnol) est le port industriel de Donostia. Cette petite ville se trouve à quelques kilomètres à l’est de Donostia, abritée par deux montagnes, Ulia et Jaizkibel.

La raison de notre arrêt à Pasaia : la présence du chantier de la fondation Albaola, découvert quelques semaines plus tôt en regardant Thalassa. Le but de ce chantier ? Construire un baleinier comme le Pays Basque savait en faire mieux que personne au 16e siècle. Un beau projet mêlant histoire et artisanat qui m’a impressionnée à la télé et encore davantage en vrai.

A la découverte de Pasaia

Après s’être fait perdre sur les (jolies) hauteurs de la ville par le GPS, nous avons finalement trouvé notre route jusqu’au Port de Pasaia. La voiture garée, nous avons pris le chemin pour rejoindre le chantier naval avec cette seule idée en tête.

Et puis, après seulement quelques pas dans le port la magie a opéré … Les maisons, plus ou moins imposantes, forcément toutes colorées, plantées face à l’eau coûte que coûte m’ont fait forte impression. Tant de charme se dégageaient d’elles.

Dans ce lieu où l’on peut facilement imaginer le travail soutenu et éreintant des hommes de la mer, l’éloignement prolongé, elles me sont apparues, chacune avec leur couleur spécifique, comme des phares, des points de repères et d’ancrage pour ses hommes toujours en vadrouille.

Face au port de Pasaia et à ses jolies maisons, on peut en apercevoir d’autres, nichées entre une petite colline et la mer, c’est le petit village de Donibane, qui fait partie de l’agglomération de Pasaia.

Là-bas, de l’autre côté de ce bras d’eau, les maisons semblent anciennes et toutes plus charmantes que leurs voisines. L’atmosphère de ce village semblait bien calme ce jour-là, comme si la vie avait été figée pour nous offrir une vision (à tomber) de carte postale.

Seuls quelques bateaux, qui rentraient au port ou en partaientt, venaient de temps en temps animer le tableau paisible et magnifique de Donibane, niché entre l’eau et la forêt qui recouvrent la montagne Jaizkibel.


Visite de l’Albaola Faktoria Maritime Basque

Quelques mètres plus loin, on découvre la Fondation Albaola, directement reliée à l’eau par le plan incliné qui permet de « lancer » les navires.

Le bâtiment n’est pas aussi imposant que ce que j’avais imaginé, il est simple et assez modeste malgré le galion qui s’y cache. À travers les planches de bois irrégulières qui entourent le petit chantier naval, on perçoit déjà la structure massive du baleinier, le bruit des outils qui façonnent le bois et les odeurs de sciure.

Avant de voir la réplique du San Juan, célèbre baleinier du 16e siècle qui sert de modèle à cette construction commémorative et historique, nous profitons du musée qui retrace l’histoire de l’industrie navale basque.

On déambule, plongés dans l’histoire fantastique et inconnue avant ce jour de ces baleiniers qui partaient pêcher jusqu’au Canada. C’est une véritable immersion dans une autre époque, un autre monde où l’homme savait tirer profit de la nature tout en la respectant.

Objets d’époque, reconstitutions de navires, cartes du monde et documents explicatifs nous emmènent loin des côtes basques et de notre mode de vie contemporain …

Puis commence la partie « chantier naval » avec une première salle où sont présentés des pièces de bois utilisées pour la construction des baleiniers et les outils pour les façonner. Dans ce bel atelier où la lumière pénètre de toute part, ça sent bon le bon et le savoir-faire artisanal.

Dans cette grande salle où l’on peut regarder les artisans préparer des pièces de bois pour l’assemblage du baleinier, on retrouve des éléments présentés dans le musée. Au final, c’est comme si cet atelier remplissait un rôle de trait d’union entre le musée et le chantier, l’Histoire et le présent, la théorie et la pratique.

En 1978 (400 ans après son naufrage du San Juan), l’équipe d’archéologie canadienne de Parcs Canada découvre son épave à proximité des côtes et décide de l’étudier lors d’une fouille sous-marine de grande ampleurs. Les études durent pendant 30 ans et ce cargo du 16e siècle devient alors un de ce que l’on connait le mieux. Il est aujourd’hui le symbole du Patrimoine Culturel Subaquatique de l’UNESCO.

En 2013, alors que Donostia est capitale européenne de la culture, la décision est prise, conjointement avec le Gouvernement Canadien, de procéder à la reconstruction du San Juan. Cette reconstitution est aujourd’hui possible grâce à toutes les études qui ont été menées sur ce bateau et qui permettent d’en connaître la structure exacte.

Grâce à des passerelles en bois, on peut faire le tour du baleinier. On a donc passer un long moment à admirer le travail de précision dans l’assemblage des différents morceaux de bois, une minutie nécessaire pour construire un ensemble harmonieux et solide qui un jour pourra affronter la mer sans crainte.

La structure du pont inférieur que l’on a pu voir lors de notre passage est impressionnante, on imagine que le résultat fini le sera encore plus. Cette visite m’a d’ailleurs donner très envie d’assister au lancement du navire, j’ai très envie de voir ce morceau de passé voguer doucement vers son avenir ….

Vers l’inconnu et au-delà

En sortant de la Faktoria, encore sous le charme de ce lieu exceptionnel et hors du temps, on a décidé de ne pas retourner de suite au port en prolongeant un peu la balade. On a donc continuer à marcher le long du sentier (le Paseo Ibilbidea), qu’on avait aperçu quand on était perdus sur l’Ulia, jusqu’à ce que ce ne soit plus possible.

Et puis, après seulement quelques mètres de marche, on est arrivés ici …

… dans ce paysage enchanteur où les pointes des montagnes Ulia et de Jaizkibel se font face, où la ria de Pasaia rejoint l’Océan Atlantique en côtoyant le Golfe de Gascogne ; dans ce tableau ouvert sur le monde qui donne des envies de voyage et empli de sérénité celui qui sait prendre le temps de le regarder.

Cette petite jetée avec son phare vert qui trône au bout a eu un écho particulier en moi, elle m’a transportée à plus de 400 kilomètres de là, quelque part en Loire-Atlantique dans un endroit que j’adore … et j’ai aimé encore davantage ce paysage basque.

Et comment ne pas l’aimer ? L’inconnu, l’immensité, le contraste de l’eau avec la pierre, celui de l’eau avec la végétation, le bruit régulier et hypnotisant des vagues, la houle qui fait naître des reflets turquoises dans une eau pourtant d’un bleu profond …

Pour profiter encore un peu plus de ce panorama magnifique, on a emprunter l’escalier qui se trouvait là, installé dans la montagne, face à l’estuaire.

Sans suprise, la vue de là-haut était elle aussi merveilleuse. De quoi prolonger cette parenthèse enchantée, ce moment hors du temps et de la réalité, où seuls la découverte, la contemplation et l’enchantement avaient leur place …

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