Les ruines englouties du Barrage de Sarrans #EnFranceAussi

Cet article participe au rendez-vous #EnFranceAussi qui rassemble chaque mois des blogueurs autour d’une thématique donnée. Pour ce mois d’octobre, les articles des participants vous feront découvrir les ruines de France. A l’origine de ce rendez-vous, Sylvie, auteure du blog Le Coin des Voyageurs, et au choix de la thématique du mois, Alexandra, auteure du blog Itinera Magica.

Bonne lecture ici et ailleurs !

Il y a l’Île engloutie d’Atlantide et puis il y a le hameau de Tréboul dans le Cantal, englouti par le lac de retenue du Barrage de Sarrans. Pour le premier, on ne sait pas encore vraiment s’il s’agit d’un mythe ou d’une réalité, mais pour le deuxième je peux vous affirmer qu’il est bien réel puisque je l’ai vu de mes propres yeux !

Le Barrage de Sarrans : morphologie et histoire

Le Cantal, l’Aveyron et la Corrèze sont les trois départements qui comptent le plus de lacs de barrage (d’une superficie supérieure ou égale à 2km²) sur leur territoire : il y en a six dans chacun (je vous ai déjà parlé ici de celui de Saint-Etienne-Cantalès), dont certains qui se trouvent à cheval sur deux départements.

C’est le cas du lac de retenue du Barrage de Sarrans qui s’écoule à la fois en Aveyron et dans le Cantal. C’est le huitième plus grand lac artificiel de France, il mesure 35 kilomètres de long, sa profondeur maximale est de 100 mètres et il s’étend au total sur 1 000 hectares (ne vous faites pas de nœuds au cerveau, ça représente un volume de 296 millions de mètres cubes d’eau !) Il est composé principalement des eaux de la Truyère, la rivière « barrée », qui prend sa source en Lozère, passe sous le Viaduc de Garabit et actionne, donc, les turbines du Barrage de Sarrans avant de rejoindre le Lot (la rivière, pas le département).

Le barrage, avec ses quatre groupes de turbines, se situe dans l’Aveyron, sur la commune de Brommat. Il s’agit d’un barrage-poids, c’est-à-dire un barrage conçu pour retenir l’eau en utilisant le poids de la matière de construction du barrage pour faire opposition à la pression horizontale de l’eau qui s’exerce sur l’ouvrage. Construit en béton, le barrage de Sarrans mesure 113 mètres de la crête aux fondations, 105 mètres de la crête au lit de la rivière. Sa largeur est de 75 mètres à la base et 4 mètres en crête (sur 225 mètres de long).

La construction de cet édifice impressionnant a débuté en 1929 et sa mise en service a eu lieu en 1934. Avant la mise en eau du barrage, le territoire dans lequel le lac s’écoule aujourd’hui était une vallée rurale où se trouvait notamment le hameau de Tréboul avec ses 26 habitants, ses chèvres et ses moutons.

La vidange du Barrage de Sarrans : quand les ruines refont surface

Il y a trois ans, de mai à octobre 2014 et pour la première fois depuis 35 ans, le lac de retenue de Sarrans a été entièrement vidé afin de réaliser des travaux sur le barrage. L’occasion pour nous de découvrir ce qui se cache sous les eaux vert émeraude du lac du barrage de Sarrans.

Les vestiges du hameau et du Pont de Tréboul dans le Cantal

Accompagnés de mon père, passionné de pêche et, donc, familier du lieu, nous avons d’abord été à proximité de la commune de Sainte-Marie, dans le Cantal, pour découvrir les vestiges du hameau et du pont de Tréboul.

Lorsque l’on est arrivé sur place, on a immédiatement été impressionnés par la vitesse à laquelle la nature avait repris ses droits dans cette vallée. Deux mois après la vidange du lac, le fond de celui-ci était déjà entièrement recouvert par une (mauvaise) herbe, le persicaire, qui donnait une belle couleur verte à la vallée asséchée.

Déjà depuis la route, on apercevait les vestiges du village et le joli Pont de Tréboul, juste au-dessous du pont suspendu qui est utilisé à l’heure actuelle. Pour arriver jusqu’à eux, il nous a fallu quelques minutes de marche pendant lesquelles on a continué à observer le paysage, fascinés et impressionnés, en essayant d’imaginer à quoi ce paysage pouvait ressembler avec de l’eau (pour Nico et pour moi, mon père lui connait !) et aussi comment cela pouvait être avant la mise en eau du barrage.

Au fur et à mesure que l’on approchait du pont, les ruines des maisons se dressaient autour de nous, au milieu des herbes folles. La pierre des bâtiments abandonnés, noircie et lissée par l’eau, offrait un contraste saisissant avec la verdure environnante. Je n’avais jamais vu des pierres comme celles-là, leur aspect était vraiment très singulier, l’usure du temps, l’usure de l’eau leur a donné une patine unique.

Avant de quitter les lieux, les habitants de Tréboul ont démonté les parties en bois (toitures, charpentes, poutres) pour les réutiliser dans leur nouvelle maison. Il ne reste donc aujourd’hui que les murs de ces bâtiments, et parfois même seulement des fragments de murs, le reste ayant sûrement été emporté par l’eau.

Four à pain, cheminées, quelques détails de la vie passée de ces constructions partielles subsistent ; et comme souvent au milieu des vieilles pierres, moi, j’essayais d’imaginer à quoi pouvait ressembler la vie ici, avant le grand chambardement, avant la noyade planifiée …

Et puis nos pas nous ont conduit, inévitablement, en direction du Pont de Tréboul. Même s’il a passé 80 ans sous l’eau (et qu’il a près de 500 ans), il est dans un état de conservation assez remarquable ; même si quelques pierres manquent à l’appel, l’ensemble lui tient bon. C’est vraiment fascinant d’imaginer son histoire et tout ce qu’il a du voir passer en 500 ans à la surface et 80 ans sous l’eau ! C’est aussi assez déroutant d’imaginer qu’il est là dans l’eau, au fond de cette vallée encaissée, lorsque le barrage est « plein ».

Ce pont en pierre, construit au 14e et 15e siècle permettait de relier Sainte-Marie et Lieutadès en franchissant la Truyère. Jusqu’en 1724, un droit de péage était exigé pour le traverser. Nommé d’après le hameau qui se trouvait à proximité, il a été utilisé jusqu’en 1933. Il est inscrit au titre des Monuments Historiques depuis 1927, soit 7 ans avant la mise en eau du barrage … (drôle d’endroit pour conserver un Monument Historique non ?)

La Presqu’île de Laussac dans l’Aveyron

Après cette promenade fascinante et hors du temps à Tréboul, nous avons ensuite pris la route vers l’Aveyron et plus précisément de la jolie Presqu’île de Laussac, qui se trouve sur la commune de Thérondels.

Petite langue de terre surmontée d’arbres et ornée d’une jolie chapelle, cette presqu’île est un endroit très agréable qui offre une jolie vue sur le lac de barrage, rejoint à cet endroit par un de ses affluents, le Brezons.

Mais en cet après-midi de juillet, pas de lac ni de Brezons donc, juste de très impressionnantes vallées encaissées et asséchées où s’élèvent quelques arbres filiformes, plantés ici depuis des centaines d’années, noircis par l’eau depuis la création du barrage.

Ici, la végétation aussi reprenait ses droits, mais plus difficilement, puisque à certains endroits on voyait encore la terre, ocre, craquelée par le manque d’eau. Et tout au fond de la vallée où coule habituellement le Brezons, on a aperçu un autre pont, beaucoup plus petit que celui de Tréboul mais qui semblait, lui aussi, en relativement bon état.

Si cet article vous a donné envie d’observer, à votre tour, les ruines de Tréboul et le paysage lunaire de Laussac, rendez-vous dans une trentaine d’années !

Pour découvrir tous les autres articles du mois, explorez la carte :

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27 Replies to “Les ruines englouties du Barrage de Sarrans #EnFranceAussi”

  1. Magnifiques ruines et effectivement dans un état de conservation étonnant, surtout le vieux pont de pierre. J’avais vu un reportage à la TV sur ce barrage asséché, c’était passionnant.

    1. Ah c’était passé à la télé ? (je viens de chercher et de trouver une émission de DRDA, c’est ça ?)
      Le pont de Tréboul était vraiment dans un état remarquable, espérons que ce soit encore le cas dans 30 ans !

  2. Sais-tu que je viens justement de parler des villages engloutis du Lac du Der !? Quelle chance d’avoir pu voir ces vestiges au bon moment, c’est à dire quand ils sont hors de l’eau ! Ça doit être impressionnant ! Sais-tu si des plongées existent ? Je me dis que ça doit être aussi incroyable de voir tout ça sous l’eau ! Chouette balade… Pour dans 30 ans 🙂

    1. J’ai vu passé ton article mais je n’ai pas encore eu le temps de le lire (ce soir j’espère).
      Concernant le Barrage de Sarrans je ne pense pas que des plongées soient prévues, l’eau n’étant pas très limpide dans ce genre de lac, je ne sais même pas si on pourrait réellement voir quelque chose … Mais l’idée est belle 🙂

  3. Un truc de malade que la nature est repris aussi vite ses droits! Et le pont est tellement bien conservé! Chez nous on a le lac de Serres Ponçon et pareil, toute une vallée a été engloutie à la construction du barrage et la mise en eau. Il n’y a qu’une chapelle sur une butte qui est visible à l’année. et quand ils l’avaient vidé, on pouvait voir les fondations des anciennes maisons mais c’est tout!

    1. Oui c’est fou la vitesse à laquelle ça va ! J’aurais bien aimé voir en octobre, juste avant qu’ils le remettent en eau comment c’était devenu …
      Ça doit être joli ton lac de Serres Ponçon avec la petite chapelle comme gardienne des alentours, si un jour je viens dans ton coin il faudra que j’aille voir ça !

  4. […] ruines englouties du barrage de Sarrans chez Petites évasions grandes […]

  5. tu penseras à me tweeter quand ils assécheront le lac la prochaine fois. Séreux, c’est superbe. Un magnifique article. Heureuse que tu aies trouvé l’inspiration.

    1. Mais Twitter existera-t-il toujours dans 30 ans ?! Si c’est le cas, compte sur moi pour te prévenir et si j’entends parler d’un autre qui est vidé avant 30 ans je te dirai aussi 🙂
      Merci pour tes gentils mots :*

  6. C’est très impressionnant!

    1. Oui, vraiment très impressionnant, c’était la deuxième fois que je voyais un barrage vidé et c’est toujours aussi bluffant !

  7. C’est fou ces paysages! Et difficile de s’imaginer que tout ça est recouvert d’eau d’habitude! Du coup, ça éveille ma curiosité, et j’ai envie de savoir ce qui se cache sous les autres barrages… ^^

    1. Haha ! Je te comprends, je me pose la question moi aussi maintenant !

  8. Je trouve ça fascinant et très triste en même temps… ces maisons, ce Pont du XIVe siècle sous l’eau, ça m’émeut. C’est beau et vraiment touchant.

    1. Comme tu dis, c’est magnifique mais triste pour toutes les personnes qui ont été forcées de déménager. Et c’est pas un hasard si les lacs de barrage sont plus nombreux dans ces trois départements : le paysage vallonné permet de limiter les travaux d’aménagement et la faible densité de population permet, elle, de limiter les contestations. Ça a du être vraiment dur à vivre au départ, toutes ces terres perdues, inondées … heureusement aujourd’hui, les populations locales ont réussi à tirer le meilleur de ces infrastructures et à en profiter (baignade, activités nautiques, pêche, etc.) et ça fait malgré tout des jolis paysages !

  9. Impressionnant ! C’est fou cette vidange qui permet de découvrir ce qui a été englouti. Une promenade hors du temps. En plus, tes photos sont très belles.
    Merci pour cette belle balade insolite

    1. Merci beaucoup Florence !
      Et en effet c’était une balade vraiment très particulière, j’espère pouvoir y retourner dans 30 ans pour voir si ça a changé là-dessous !

  10. Superbe article ! Tes photos sont vraiment très belles avec ces magnifiques couleurs de vert…
    C’est vraiment très impressionnant et fascinant de découvrir ce lieu comme ça en sachant que normalement maintenant il y a de l’eau ! On a du mal à se l’imaginer ! Un grand merci pour ce superbe partage !

    1. Oh merci beaucoup Sylvie, ça me touche beaucoup tout ce que tu dis là (petit bonhomme qui rougit) !
      Même moi en l’ayant vu de mes propres yeux je pense que j’aurais du mal à réaliser qu’il y a tout ça dessous la prochaine fois que je verrais le lac de barrage « plein » !

  11. C’est fou. Beau et impressionant. En même temps une vraie nostalgie se dégage de ces ruines.

    1. C’était vraiment une balade particulière oui, fascinant, mystérieux, un peu triste aussi oui … mais définitivement quelque chose à voir !

  12. C’est beau et mélancolique, ces paysages et cette histoire… Je connaissais un autre Tréboul, mais dans le Finistère, rien à voir ! Merci pour cette balade insolite.

    1. Peut-être un cantalou tellement attaché à ce hameau qui l’a exporté en Bretagne … ! ^^
      En tout cas je ne sais pas le breton mais celui-ci de Tréboul vaut le détour, si votre van traîne dans les environs dans une trentaine d’années, n’hésitez pas !

  13. C’est vraiment fascinant ce lieu. Difficile d’imaginer l’endroit avec l’eau en effet. Superbe balade merci Pauline

    1. Merci Cécile !
      J’essaierais d’aller te prendre une photo pour te montrer comment c’est avec l’eau 😉 Et tu sais bien que c’est toujours avec plaisir que je vous parle du Cantal ^^

  14. Bravo et merci pour ce beau reportage
    Pour voir notre grand lac nature :
    Nous avons actualisé le site web Lac de Sarrans, l’eau- ce grand lac est un superbe spot : nature, pêche, rando, … des photos, des vidéos du lac aux 4 saisons sur https://www.lacdesarrans.fr/

    1. Merci à vous pour ce commentaire positif !

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