Le Gardien du Temple, quatre jours de féerie à Toulouse

Le mois de novembre a commencé de manière spectaculaire à Toulouse. Pendant quatre jours, le centre-ville de Tolosa est passé à l'heure grecque, grâce à la compagnie La Machine et à son fabuleux spectacle Le Gardien du Temple. Pendant quatre jours, admiration, émotions et émerveillement ont rythmé mes journées et celles centaines de milliers de personnes.

La compagnie La Machine

Créée en 1999, la Machine est une compagnie de théâtre de rue orchestrée par François Delarozière. Sa création résulte d'une collaboration entre artistes, techniciens et décorateurs de spectacles ayant pour volonté d'imaginer et construire des objets de spectacles atypiques, dont le plus connu aujourd'hui est certainement le Grand éléphant de Nantes.

La compagnie La Machine développe des projets urbains pérennes, ancrés sur un territoire, comme les Machines de l'Île à Nantes ou le Manège Carré Sénart à Sénart mais aussi des spectacles de rues, plus éphémères et qui se déplacent de villes en villes (comme par exemple l'Expédition Végétale, La Symphonie Mécanique, etc.). La Machine possède un atelier à Nantes et un autre à Tournefeuille, près de Toulouse, pour réaliser ses créations artistiques.

La Machine à Toulouse

En plus de cet atelier à Tournefeuille, la compagnie La Machine dispose désormais d’un nouveau lieu de création et de diffusion à Toulouse, baptisé La Halle de La Machine. Située au bord de la piste de l’Aéropostale, la Halle de la Machine a ouvert ses portes le 9 novembre. Elle fait partie d’un complexe appelé La Piste des Géants, dont fera également partie L’Envol des Pionniers, musée de l’aéropostale qui ouvrira le 20 décembre.

Ce nouvel espace de 5000m² regroupe 200 machines de spectacle créées par la compagnie depuis sa création. Parmi celles-là se trouvera bien sûr Astérion, le Minotaure, conçu spécialement pour Toulouse, et pour lequel un grand nombre de toulousains (mais pas seulement !) ont déjà eu un coup de cœur durant le spectacle du Gardien du Temple.

Le spectacle Le Gardien du Temple

Ce spectacle, non seulement visuel mais aussi musical, s’est déroulé en quatre actes, un acte par journée de représentation. Les protagonistes, Ariane (l’araignée) et Astérion (le Minotaure), ont parcouru de nombreuses rues du centre-ville et se sont (re)posés en différents points de la ville.

J'ai eu la chance de voir le spectacle presque dans son intégralité et j'ai été totalement éblouie par cet opéra urbain à la fois impressionnant et poétique ; chamboulée d'observer ces grandes machines déambuler dans mon paysage quotidien ; émue de voir l'effervescence qui régnait dans la ville, de voir tous ces gens, enfants, ado, adultes plus ou moins âgés, avec les yeux qui pétillent et des exclamations d'admiration plein leur bouche bée ...

Les protagonistes du spectacle Le Gardien du Temple

  • Ariane, l’araignée géante (plus connue sous le nom de Kumo) de 13 mètres de haut et 20 mètres d’envergure lorsqu’elle est totalement déployée ;
  • Astérion, le Minotaure créé spécialement pour Toulouse, qui mesure 14 mètres de haut, 13 mètres de long, 4 mètres de large qui pèsent 47 tonnes ;
  • Tous les machinistes qui actionnent et font vivre ses deux créatures fantastiques ainsi que les musiciens et chanteurs qui les accompagnent dans leurs déambulations.

Le préambule du spectacle, par La Machine

(J’aime beaucoup ce texte, présent dans le livret du spectacle, alors je vous le livre tel quel)

« Le Minotaure n’est pas celui qu’on croit. Sa demeure, est un labyrinthe qui s’étend sous la mer et les océans. Il voyage à travers le monde en empruntant les galeries qui relient les continents. Dans ses jeux solitaires, comme fuyant un mauvais rêve, Astérion décide de sortir dans la rue. Au matin, endormi dans le centre de la ville rose, le fils de Pasiphaé est prêt à se perdre dans Toulouse, ville labyrinthe. L’araignée géante, fille de Minos et de Pasiphaé est la gardienne du labyrinthe. Elle veille sur Astérion depuis sa naissance et sort à son tour. Protectrice, elle utilise ses pouvoirs magiques pour guider son demi-frère vers sa future demeure afin qu’il retrouve solitude et tranquillité. »

La compagnie La Machine

Jeudi : Acte I, le réveil d’Ariane au-dessus l’Hôtel Dieu

Mis en place dès le mercredi soir, les deux géants sont restés durant toute la journée du jeudi visible du public. Ariane au-dessus du toit de l’Hôtel Dieu et Astérion sur la Place du Capitole.

A 18 heures, alors que la pénombre enveloppait peu à peu Toulouse, les premières notes des musiciens et paroles du chanteur ont résonné au-dessus de la Garonne. Une grue élévatrice s’est mise en marche avec au bout de son filin, une nacelle transportant les machinistes d’Ariane. Éclairés par des projecteurs, ils ont rejoint (la tête en bas - normal) leur machine fantastique afin d’actionner les pattes de la bête de bois et de métal.

Descendue du toit, Ariane a remué ses impressionnantes pattes articulées encore quelques minutes avant de s'endormir sous la "neige" (de la mousse en réalité, mais l'illusion était parfaite). Un moment plein de poésie qui laissait déjà présager de belles choses pour les jours à venir.

Vendredi : Acte II, du réveil à la piqûre, premières déambulations dans le labyrinthe Toulouse

Scène 1 : le réveil d’Astérion

Trois scènes différentes ce jour-là. La première débute avec le réveil d’Ariane sur le Pont-Neuf, mais pour moi (légèrement en retard) elle a commencé Place Esquirol, où Ariane, ses machinistes et les musiciens sont arrivés en même temps que moi.

C’était la première fois que je voyais « la bête » de si près, j’en ai eu les larmes aux yeux et des frissons des pieds jusqu’à la tête (oui, je suis le genre de personne qui s’émeut devant les retrouvailles dans les aéroports et les gares, les victoires sportives et les araignées géantes donc).

La créature a poursuivi son chemin doucement mais toujours gesticuleusement (ce mot n’existe pas, c’était pour la rime) malgré les difficultés du terrain (la rue Alsace-Lorraine), vers la Place du Capitole où se trouvait un Astérion toujours bien endormi. Alors qu’Ariane arrivait au cœur de Toulouse, Astérion a fait ses premiers mouvements de tête, les yeux toujours clos. Alors qu’Ariane s’endormait à nouveau sous la neige, Astérion a ouvert ses grands yeux bleus avant de partir se perdre dans le dédale des rues toulousaines jusqu’à la Place du Salin où il s’est à son tour assoupi sous les flocons de mousse.

Scène 2 : le labyrinthe

Pour cette deuxième scène, il a fallu choisir entre Astérion et Ariane, les deux évoluant en même temps dans la ville rose, détrempée par la pluie. J’ai choisi de suivre le colosse à cornes dans sa nouvelle exploration de la ville en direction de la Place Olivier dans le quartier Saint-Cyprien.

Jeu avec les branches d’arbres, salut aux personnes postées aux fenêtres et arrosage, parfois, de ces mêmes personnes, ont rythmé, comme le matin et comme ce sera le cas les autres jours, sa promenade dans Toulouse.

Chacune de ces actions, aussi anodines puissent-elles peut-être paraître en lisant cet article, relèvent pourtant d’une grande qualité et d’un important réalisme dans la conception du minotaure au départ mais aussi d’une tout aussi importante maîtrise de ses commandes par l’équipe qui l’anime. C’est aussi ça qui fait la grandiosité (ce mot-là existe bien par contre) de ce spectacle, l’impressionnante concentration et technicité mises en œuvre tout au long des représentations.

Le Minotaure endormi sur la Place Olivier, j’ai pu rejoindre Ariane qui s’activait du côté de Jean-Jaurès, toujours aussi impressionnante et grandiose. Elle s’est finalement arrêtée, toujours sous la neige, devant la tout aussi grandiose Cathédrale Saint-Etienne.

Scène 3 : la piqûre

Une nouvelle scène nocturne pour Ariane, la première pour Astérion, leur premier contact aussi. Nico, enfin en week-end, m’accompagnait. On a observé le réveil d'Ariane rue de Metz, on l'a suivi, pris des rues adjacentes pour la voir à nouveau arriver vers nous, avant de se poster au croisement de la rue de Metz et de la rue Alsace-Lorraine, où les deux géants devraient se rencontrer.

C'était la première fois que Nico voyait Astérion en vrai. Comme tout ceux autour de nous qui ne l’avait pas encore vu, il a été très impressionné par ce géant qui gesticulait en direction d’Ariane, à l'opposé. Une gerbe d’eau a jaillit du camion-citerne placé entre les deux géants, faisant reculer l’Araignée et permettant au Minotaure de s’engager dans la rue Alsace-Lorraine, suivie par une foule qui me semblait toujours plus nombreuse.

Astérion est arrivé dans la rue de la Pomme, une torche embrasée à la main, il regardait dans les rues adjacentes, cherchait sa route jusqu’au Capitole, c’était criant de réalisme, sensationnel. Un peu plus tard, Ariane est arrivée elle aussi sur la place du Capitole, s’est approchée d’Astérion endormi et l'a piqué afin de pouvoir le guider dans le labyrinthe. L’acte II s'est terminé sur cette scène spectaculaire et les géants se sont endormis sous les applaudissements d’une foule au visage ravi.

(Les photos qui suivent sont celles de Nico)

Samedi : Acte III, Astérion cherche ses ailes dans Toulouse

Scène 1 : le fil d'Ariane

Alors que le soleil brillait sur Toulouse, Astérion est parti à la recherche de ses ailes, suivi de près par sa gardienne, et par une foule encore plus compacte que la veille. Le Minotaure explorait le quartier Jeanne d'Arc, tandis que l'Araignée gagnait les boulevards avant de s'endormir Place Roland. Astérion, lui, après une course effrénée rue Matabiau, s'est endormi à Jean Jaurès, sous les yeux émerveillés de Solène qui le voyait pour la première fois.

François Delarozière, l'homme derrière La Machine

Scène 2 : Ariane, bienveillante

Une nouvelle fois, la créature mi-homme mi-taureau s'est éveillé entouré par la foule. Toujours à la recherche de ses ailes, il est passé devant l'Araignée encore immobile, s'est penché sur elle comme pour la réveiller doucement, provoquant les exclamations attendries du public, puis il a repris sa route vers l'autre rive de la Garonne, s'arrêtant de temps en temps pour jouer avec les arbres ou avec le public.

Ariane s'est remise en marche, chacun de ces pas ponctués par le bruit sourd du métal sur le bitume. Même si je l'avais déjà vue en mouvement plusieurs fois à ce moment-là, je ne pouvais pas m'empêcher d'être impressionnée par ce spectacle, par la mécanique mise en oeuvre pour reproduire avec succès un mouvement réaliste d'araignée, par l'expertise des machinistes qui articulaient chacun une de ses incroyables pattes. Et toujours cette même poésie, quelques centaines de mètres plus tard, lorsqu'elle s'est arrêtée sous la "neige".

Scène 3 : l'offrande

Nous n'avons vu que le début de cette scène, côté Ariane et donc côté Esquirol, où les deux géants se retrouvent sur le pont afin qu'Astérion reçoivent ses ailes. Heureusement une très belle vidéo de La Machine nous a permis de voir ce moment plein de poésie et de féerie en différé.

Dimanche : Acte IV

Scène 1 : à la recherche du temple

Nouvelle journée, nouveaux moments emprunts de magie, lors de cette première scène avec Astérion, pourvu de ses ailes, qui aura sûrement marquée les esprits des habitants du Quai de Tounis. Alors que le géant progressait en direction de Saint-Michel, il a fait plusieurs arrêts, provoquant des scènes touchantes, une devant une maison de retraite et l'autre devant un bébé dans les bras de son père ; ou bien amusantes en arrosant quelques personnes qui ignoraient (ou non) sa capacité à le faire.

Le géant a déployé ses (magnifiques) ailes Avenue Maurice Hauriou puis s'en est suivi une course effrénée (pour nous) à travers les rues du Quartier des Carmes pour réussir à repasser devant la créature mythologique. La recherche matinale du temple s'est achevée dans un cadre parfait, devant la grandiose entrée Virebent à colonnes du Jardin des Plantes.

Scène 2 : à la recherche du temple (suite)

Comme nous n'avions pas encore beaucoup vu Ariane ce jour-là, nous avons décidé de la suivre pour cette deuxième scène de la journée. Inanimée près de la Garonne, à l'endroit où était apparu le temple le jeudi, l'Araignée géante s'est mise en marche devant une foule impressionnée et aussi interrogative sur la manière dont elle allait quitter le Quai de la Daurade.

De toutes les manœuvres que j'ai pu voir au cours de ce week-end de féerie, je pense que celle-ci a été la plus difficile, et de fait, la plus impressionnante. Au milieu de la foule (plus que) compacte, les machinistes ont tout de même réussi à faire gesticuler et évoluer Ariane en direction du Pont-Neuf dans une prouesse technique et humaine spectaculaire. De l'autre côté du Pont, l'équipe a dû de nouveau mettre tout tout son savoir-faire et sa précision en oeuvre pour parvenir à amener la bête jusqu'au Quai de Viguerie en empruntant l'étroite rue du même nom.

Scène 3 : la demeure retrouvée

Scène de nuit, la dernière. La foule s'est massée de chaque côté du Pont-Neuf, dans les rues, sur les quais. Tout le monde attend impatiemment la rencontre finale, sous le temple suspendu au-dessus du Pont, le dernier instant de poésie de ce grand(iose) spectacle.

Comme le premier soir, Ariane s'est éveillée au bord de la Garonne en musique, ses machinistes l'ont rejoint grâce à leurs filins accrochés à la nacelle suspendue. Pendant que l'araignée et le minotaure progressaient en direction du Pont, l'un dans la rue Viguerie, l'autre dans la rue de Metz, la Garonne s'est embrasée.

A leur arrivée des gerbes d'eau ont éclaté de part et d'autre du pont, des flammes ont jailli le long de leur parcours, lent, délicat, spectaculaire, puis la "neige" a commencé à tomber, le temple est descendu vers Astérion et les deux géants se sont finalement endormis sous les applaudissements nourris du public émerveillé, une dernière fois.

Comme le beau se passe de (trop de) mots, je vous invite à regarder la vidéo de Arnaud De La Giraudière (cadreur réalisateur à Toulouse) pour (re)vivre cette magnifique scène en images.

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Je ne sais pas vous, mais moi j'ai déjà hâte d'assister à un autre spectacle de la compagnie La Machine, à Toulouse ou ailleurs, pour avoir des frissons et les yeux qui pétillent encore une fois, être émerveillée à nouveau ...

Épinglez-moi !

8 Replies to “Le Gardien du Temple, quatre jours de féerie à Toulouse”

  1. Magnifique. Mon filleul qui habite Montauban a autant aimé qu’il a été effrayé. J’ai bien connu les machines de l’île à Nantes. Nous les avons presque vues naître. Tu imagines comme nous sommes fans. Ces créatures sont vraiment fascinantes.

    1. Ton filleul est bien représentatif de ce que j’ai pu entendre pendant le week-end, beaucoup de pleurs mais aussi beaucoup de « wouaaaah » de la part des enfants ! C’est pas évident pour eux je pense, ces machines sont tellement grandes par rapport à eux (déjà que par rapport à nous …) ! Ça te fait une raison de plus de venir à Toulouse en tout cas 😉

  2. Quel article ! Merci d’avoir partagé tout ça avec tant de détails, tes photos sont magnifiques, bravo !!

    1. Merci beaucoup Cindy pour ton adorable commentaire et tes partages sur les réseaux sociaux 🙂

  3. C’est magnifique! Quel réalisme et quelles prouesses techniques!! Merci pour ces belles photos!!

    1. Oui c’est vraiment de belles « machines » et quand tu les vois bouger c’est encore plus fou !

  4. Magnifique. Je suis déjà complètement fascinée par les machines de Nantes que je n’ai pas encore eu l’occasion de voir. Je suis ravie de savoir que la Compagnie s’exporte dans d’autres villes françaises avec de nouvelles machines. J’adore leur concept et j’espère les voir un jour quelque part.

    1. En fait les Machines sont depuis longtemps liées à Toulouse, la compagnie y été installée avant de déménager à Nantes faute de subventions. Et il y a un atelier de construction à Tournefeuille depuis toujours, c’est donc un retour aux sources et c’est chouette que ça arrive enfin ! Je te souhaite de les voir ici et à Nantes en tout cas, parce que c’est vraiment grandiose !

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