Saint-Yrieix-la-Perche, un joli détour en Haute-Vienne

Après s’être extasiés devant les vieilles pierres et le charme fou de Ségur-le-Château, en Corrèze, nous avons parcouru les 15 kilomètres qui nous séparaient de Saint-Yrieix-la-Perche pour faire … exactement la même chose ! Classée parmi les plus beaux Détours de France, Saint-Yrieix avait attisé ma curiosité, quelques jours plus tôt, dans une brochure ventant les beautés de Haute-Vienne.

Comme cela fait un moment que cette histoire a commencé ici, je vous rappelle le contexte. Mai 2018, nous profitons d’un week-end prolongé pour nous balader à travers le Limousin. Après deux jours en famille entre Magnac-Laval et le Dorat, nous continuons notre exploration à deux, logés en Corrèze et avides de découvrir cette région que nous connaissons si mal.

Saint-Yrieix-la-Perche : territoire et histoire

Saint-Yrieix-la-Perche se trouve au sud du département de la Haute-Vienne, tout proche de la Corrèze donc, mais aussi de la Dordogne. La commune est l'une des six villes-portes du parc naturel régional Périgord-Limousin. Ce qui peut d'ailleurs en faire d'ailleurs le pied-à-terre idéal si vous souhaitez visiter cette région naturelle !

La commune de Saint-Yrieix est située sur d'importants plateaux légèrement ondulés. Ceci s'explique aisément par l'histoire géologique du territoire, théâtre d'une collision de deux plaques tectoniques il y a 370 millions d'années et, par la suite, de phénomènes volcaniques. Ces événements géologiques ont créé d'importantes failles, d’où ont ensuite été extrait des minéraux précieux (j’y reviendrai).

Saint-Yrieix-la-Perche : premiers occupants et fondation de la ville

Au 5ème siècle avant notre ère, les Gaulois Lémovices occupent déjà le territoire pour exploiter des mines d'or. Un peu plus loin, à l'emplacement de l'actuel quartier de Marché-Vieux, d'autres maisons sont construites au croisement de deux axes majeurs : la route des métaux (entre l'Armorique et le golfe du Lion) et la route du sel (entre l'Aunis et l'Auvergne).

La commune doit son nom à Arède d'Atane, son fondateur. Né entre 510 et 516 à Limoges, il fait installer une communauté et construire un monastère dans les cours de la villa Attanum. Sa réputation de sainteté est telle, qu'après sa mort, de nombreux pèlerins se pressent à Attane. Vers l’an 900, le monastère devient un collège de chanoines et la ville un centre d'échange important.

L’essor de Saint-Yrieix-la-Perche et les débuts de la fabrication de la porcelaine

Au 12ème siècle, la ville s'agrandit au-delà des remparts du collège des chanoines. Artisanat, moulins et tanneries se développent et Saint-Yrieix s'étend considérablement. Au 16ème siècle, Charles IX accorde aux bourgeois, le droit de créer un échevinage (une municipalité). L'expansion de la ville se poursuit, deux convents s'installent extra-muros au 17e siècle. Au début du 18ème, les fossés de l'enceinte sont comblés pour créer boutiques et jardins.

En 1771, l'Histoire de Saint-Yrieix prend un nouveau tournant avec l'analyse des minerais découverts dans les failles (j’y reviens !). Du kaolin d'une extrême pureté est découvert et Jean-Baptiste Darnet, chirurgien de la ville à l’origine de la découverte, est chargé d'en diriger l'extraction, au nom du roi. Des dizaines de carrières s'ouvrent alors ainsi que des fabriques de porcelaine qui participent à un nouveau développement de la ville.

Fin de la communauté religieuse et époque contemporaine

En 1793, les chanoines refusent de prêter serment à la Constitution civile du clergé et sont emprisonnés. Ceci marque la fin de la communauté religieuse de Saint-Yrieix. Leurs biens sont alors nationalisés et l'édifice qu'ils occupaient devient une église paroissiale. Au début du 19ème siècle, Saint-Yrieix prospère grâce à sa situation de centre commercial et ses foires réputés.

Les deux guerres mondiales, auxquels s'ajoutent pénuries et crises économiques, ont entraîné difficultés et fermetures pour les exploitations minières comme pour l'activité porcelainière. Toutefois, d’autres entreprises se sont installées et ont redynamisé la ville. Aujourd’hui, elle est réputée pour sa gastronomie, la richesse de son patrimoine et de son Histoire.

Son histoire dont tout ceci n’est qu’un condensé, si vous voulez la connaître plus en détails, vous pouvez lire la page Wikipédia !

Balade à Saint-Yrieix-la-Perche

Stationnés près du Parc du Moulinassou, on a été instantanément charmés par le petit bras d'eau, qui ruisselait à l'extrémité sud de celui-ci. Un mince filet d'eau, de la verdure qui en déborde et des murs en pierres pour le borner. On a suivi le murmure apaisant, curieux de voir où il nous mènerait ... Arrivés au niveau du Boulevard de l'Hôtel de ville, le sentier bucolique s'est arrêté (temporairement).

On a alors découvert la jolie façade de l'Office de tourisme, où pans de bois et pierres apparentes se côtoient pour donner du caractère à une façade ancienne magnifiquement restaurée. Après avoir récupéré un plan de la ville (un de mes pêchés mignons lorsqu'on est en vadrouille), on a retrouvé le petit bras d'eau. Bordés de bâtisses en pierres et de jardins printaniers luxuriants, le sentier aménagé le long du cours d'eau avait des allures de trésor caché. Intimiste, paisible et entouré de merveilles, ce petit chemin a tout pour faire chavirer le cœur du promeneur !

Le bâtiment de l'Office de Tourisme

Le quartier Marché-Poterne

A la faveur d'un passage étroit entre deux bâtisses, on a rejoint le cœur commerçant de Saint-Yrieix et sa Rue du Marché. Là encore, murs à pans de bois et pierres apparentes se partageaient les façades des bâtiments, parfois agrémentées de devantures en applique en bois colorées. Sur la Place du Marché, la Salle de la Halle, construite en 1911, semblait parée pour une fête avec ses créations au crochet accrochées à son auvent.

On a continué notre flânerie dans la Rue de la Poterne, au cœur du quartier qui a constitué la première extension de la ville en dehors des remparts du collège des chanoines. Fenêtre médiévales, jolis détails d'architectures et autres vestiges du passé ont été autant d'excuses pour s'arrêter et faire des photos, à l'aller comme au retour !

La Collégiale Saint-Yrieix

Guidés par les panneaux, on s'est finalement rapprochés de la collégiale Saint-Yrieix, découvrant au passage d'autres belles façades médiévales, et d'autres jolis détails d'architectures, plus ou moins anciens. C'est en arrivant depuis la rue Jourdan que s'est imposée à nous l'impressionnante silhouette de la collégiale. Sur cette partie de la façade, le portail du Midi, d'inspiration gothique, est surmonté de créneaux qui lui donnent un petit air de château-fort

A la mort d'Aredius, les habitants ont décidé de construire un édifice pour accueillir son tombeau. De ce premier édifice, d'architecture romane, il ne reste aujourd'hui que le clocher porche. Le reste de la construction a été érigé entre le 12e et le 13e siècle par les chanoines qui avaient décidé d'en faire une semi-cathédrale, plutôt d'inspiration gothique. L'ensemble est classé au titre des Monuments Historiques depuis 1840.

Poussés par la curiosité, on est allés voir l'intérieur de cette bâtisse plutôt massive qui s'avère être à la fois très sobre, car d'une couleur grise assez uniforme (à l'exception des vitraux) et à la fois dans la profusion ... de pierres, d'arcades, de colonnes soutenants ses arcades ... Au milieu de ce colosse de pierres tout en volumes, on se sent tout petit et, forcément, impressionné par l'impressionnant travail de construction.

Pour en savoir plus sur ce monument, son architecture et son histoire, rendez-vous sur le site Patrimoine Histoire

La Place Attane et le quartier du Moustier

En ressortant de la Collégiale, je suis instantanément tombée sous le charme de la Place Attane. Entièrement pavée, elle est bordée de jolies maisons aux pierres apparentes pour la plus grande majorité. On retrouve, ça et là, sur les façades des pans de bois ou d'autres détails qui rappellent le passé médiéval de la ville. En cette journée calme et chaude du mois de mai, une vraie douceur de vivre flottait sur cette place centrale, cœur historique de Saint-Yrieix.

Et puis, de l'autre côté de la place, caché derrière les arbres et un muret en pierres, l'ancien logis des chanoines a prolongé mon émerveillement. Une fois l'arche passée, impossible de ne pas craquer devant ce petit enclos intimiste parsemé de verdure et la belle bâtisse plusieurs fois centenaire. Après avoir accueilli les chanoines de la collégiale, elle a servi d'orphelinat au 20e siècle avant de devenir l'écrin du Musée céramique collection Paul Marquet.

L'ancien logis des chanoines

On a emprunté la deuxième ouverture dans le muret qui enserre le jardin des chanoines pour découvrir une partie de "l'enceinte" de la ville. Juste là, au bout de la place Attane, se trouve une bâtisse en pierre avec deux arches qui lui donne des allures de portail de la ville. De l'autre côté de cet édifice, on se rend compte qu'il est accolé à tous les bâtiments voisins, formant un rempart qui a valu au quartier des Moustiers d'être appelé "L'Enclos".

La Rue des Plaisances

Notre flânerie à Saint-Yrieix s'est ensuite poursuivie dans une rue bien nommée, celle des Plaisances. La douceur de vivre qui flottait sur la Place Attane se prolongeait ici, parmi les jolies bâtisses, la verdure et les fleurs. On se serait bien vu poser nos valises pour quelques jours dans une de ses maisons en pierre à scruter les détails anciens des façades voisines et à profiter de la profusion printanière dans ses rues paisibles.

Une vue sur la rue des Poternes

La Tour du Plô

On l'avait aperçue depuis la Place Attane, et puis tout au bout de sa rue éponyme, mais on est tout de même allés voir à quel point on se sentait petits à ses pieds. La Tour du Plô, construite au 12ème siècle et classée au titre des Monuments Historiques en 1998 est un symbole du pouvoir des vicomtes de Limoges. Elle a été au cœur de nombreuses querelles entre les chanoines et les vicomtes qui se sont disputés sa propriété durant trois siècles.

C'est à sa hauteur impressionnante, plus de 20 mètres, que cette tour doit son nom. En effet, "plô" signifie "petit plateau" en Occitan. Après une restauration en 1995, la Tour du Plô est aujourd'hui au cœur d'un projet de sauvegarde et d'aménagement porté par la Fondation Patrimoine. L'objectif final serait de construire une terrasse panoramique tout là-haut, pour profiter d'une vue à 360° sur Saint-Yrieix-la-Perche et ses environs.

Le Faubourg des Barris

Notre balade s'est poursuivie un peu plus loin de la collégiale et du cœur historique. Au hasard de notre flânerie, on a finalement emprunté la rue des Barris, dans l'ancien Faubourg du même nom. Au 17ème siècle, il s'agissait du quartier le plus peuplé et le plus animé de Saint-Yrieix en raison de sa position dans la ville, entre l'Enclos et le Foirail. C'était également un lieu d'habitation pour les artisans et les familles bourgeoises.

Aujourd'hui, l'étroite rue des Barris et ses voisines sont toujours bordées d'habitations et parsemées de petits commerces. Les marques du passé médiéval sont présentes sur quelques façades et prolongent cette balade hors du temps qu'offre Saint-Yrieix-la-Perche aux promeneurs.

L'Hôtel de Ville de Saint-Yrieix-la-Perche

En rejoignant notre voiture, on est passé devant le remarquable Hôtel de Ville de Saint-Yrieix. L'édifice date du début du 20ème siècle. Il a été conçu par un architecte, nommé Lemasson (non, c'est pas une blague), qui avant cela avait réalisé l'Hôtel de Ville de Limoges, en s'inspirant de celui de Paris. Les travaux ont débuté le 14 juillet 1899 et l'inauguration a eu lieu le 7 juillet 1901.

99 ans plus tard, le 14 juillet 2000, le bâtiment a été entièrement rénové. Et le résultat est plutôt convaincant ! C'est avec cette belle bâtisse que s'est terminée notre non moins belle balade à Saint-Yrieix-la-Perche ! Une très belle découverte pour nous qui ne connaissions même pas le nom de cette jolie bourgade quelques jours plus tôt ... comme quoi, au nord comme au sud, la Haute-Vienne réserve de bien belles surprises !

Epinglez-moi !

10 Replies to “Saint-Yrieix-la-Perche, un joli détour en Haute-Vienne”

  1. C’est effectivement une chouette ville. Ça donne vraiment envie d’aller dans ce coin que je ne connais pas du tout

    1. Oui c’est adorable comme ville ! Vraiment je te recommande d’aller te balader par là-bas, il y a pas mal de jolies choses dans ce coin, et c’est calme, puisque pas forcément hyper connu !

  2. Ah jolie découverte. La France regorge de trésors avec tous ces villages. Je note l’idée !

    1. Oh oui … de centaines de trésors !

  3. C’est très joli, il y a un patrimoine très riche ! Je ne connaissais pas cette ville, j’ai peut-être un vague souvenir d’avoir déjà entendu son nom sans en être vraiment sûre. 🙂

    1. C’est la patrie de la marque Bijou, peut-être que c’est par rapport à ça que tu connais … En tout cas c’est vraiment un bel endroit au patrimoine très riche oui !

  4. Merci Pauline pour l’escapade. Une idée de détour sur la route de Brive ..😊

    1. Avec plaisir 😉 Oui et un beau détour !

  5. Nous venons de nous installer dans la cité Mediévale de St Yrieix. Magnifique! La Tour du Plô est presque achevée, il ne reste plus qu’à attendre les touristes!

    1. Ah merci pour la mise à jour 🙂 Une belle excuse pour revenir à Saint-Yrieix pour nous ! Bonne installation à vous

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