La Presqu’île de Guérande, terre de l’or blanc #EnFranceAussi

Cet article participe au rendez-vous #EnFranceAussi, belle initiative pour mettre en valeur les richesses de notre beau pays, créée par Sylvie du blog Le Coin Des Voyageurs. Ce mois-ci c’est Virginie du blog Les Aventures d’Arthur et Thibaut qui a choisi un thème qui lui va comme un gant : « Blanc comme … ». Toutes les participations de ce mois-ci sont listées à la fin de cet article !

Blanc comme … Avec un thème pareil j’aurais pu vous parler du givre, ou de la neige, mais comme je l’ai déjà fait il y a peu de temps, j’ai décidé de chercher un autre sujet, de changer d’horizon, de quitter mes paysages familiers du Cantal et de Toulouse pour vous parler d’autres paysages, des paysages de plaine qui ne manquent pas de reliefs pour autant !

Depuis quelques années, j’ai la chance d’aller régulièrement en balade sur la jolie Presqu’île de Guérande, une région que j’adore, riche en magnifiques paysages côtiers, en petits ports pleins de charme, en adresses gourmandes et en villes et villages tout aussi adorables. Un lieu également riche d’un autre type de paysages, singuliers mais typiques de cette Presqu’île, à la fois apaisants, passionnants et superbes : les marais salants avec leurs pyramides, petites ou grandes, de ce sel qui a fait la renommée de toute une région, l’or blanc de Guérande.

L’histoire des marais salants de Guérande

Sur la Presqu’île de Guérande, on récolte le sel depuis l’âge de fer (soit entre -800 et -480, pour ceux et celles qui, comme moi, n’ont pas retenu les frises chronologiques vues en cours d’histoire) et les premières salines du territoire datent du 3e siècle. Les marais salants dans leur configuration actuelle, datent, eux, de l’an 945. Ils ont été dessinés par les moines de l’Abbaye de Landévennec, au moment de la création du Prieuré de Batz.

Ce ciselage du territoire, millénaire, a permis la prospérité de Guérande à travers les siècles, faisant d’elle une étape incontournable des routes commerçantes en Europe. Et aujourd’hui encore, Guérande est connue à travers le monde entier pour son gros sel et sa fleur de sel, produits exportés dans 55 pays, en Europe, en Amérique du Nord et en Asie.

La technique utilisée actuellement pour récolter le sel de Guérande est semblable à celle utilisée au 9e siècle et cinq salines de l’époque Carolingienne (là encore, pour ceux du fond de la classe à côté du radiateur – ma place préférée – il s’agit du 8e et du 9e siècle) sont exploitées aujourd’hui encore par les paludiers.

Dans les années 70, l’exploitation des marais salants de Guérande a connu un important déclin qui a presque mené à son abandon total. Heureusement, l’importance de ce patrimoine, historique et économique, aux yeux des locaux a permis de relancer la production. Depuis 1989, les producteurs de sel sont rassemblés au sein d’une coopérative agricole à laquelle la plupart des paludiers ont adhéré.

Depuis 1992, la société de production et de vente les Salines de Guérande est la propriété de cette coopérative ce qui lui permet d’assurer une meilleure distribution de la production.

Les marais salants de Guérande sont inscrits en tant que « Sites Remarquables du Goût » depuis 1995. Le sel de Guérande, lui, obtient, en plus du Label Rouge en 1991, l’Indication géographique protégée (IGP) délivré par la Commission européenne en 2012, qui récompense la démarche qualité mise en place par les paludiers pour récolter un produit qui ne subit ni lavage, ni traitement chimique, ni adjonction, contrairement à d’autres sels.

La production de l’or blanc de Guérande

Chaque année les marais salants de Guérande produisent environ 10 000 tonnes de sel. Mais, contrairement à ce qu’il serait facile d’imaginer, la production de ce sel, élément qui se trouve naturellement dans l’eau de mer, ne se fait pas toute seule.

Le processus de production du sel de Guérande

N’étant pas paludière de métier (même s’il existe une formation professionnelle depuis 1979, seulement !), je vais tenter de vous expliquer le processus de fabrication du sel et je demande d’avance pardon aux experts du sujet pour mes éventuelles approximations ou erreurs.

Copyright Le Guérandais

L’eau de l’Océan Atlantique, dont la concentration en sel est environ de 25g/L remonte vers les salines grâce à un système de canaux, appelés étiers, eux-mêmes reliés à des traicts, c’est-à-dire des bras de mer qui s’enfoncent dans les terres.

Lors des grandes marées, et en fonction de ses besoins en eau, le paludier ouvre la trappe qui se trouve entre l’étier et sa vasière afin que l’eau de mer décante dans ce premier bassin d’évaporation.

L’eau de la vasière passe ensuite, grâce à un dénivellé constant, dans différents bassins d’évaporation (cobier, fares et adernes) qui assurent l’alimentation quotidienne en eau des bassins où s’effectue la récolte du sel, les œillets.

Là, la concentration de l’eau est suffisante pour que le sel cristallise (entre 250 et 280g/L, soit dix fois plus qu’au départ) et soit récolté. Pendant la saison du sel (habituellement de juin à septembre), le travail du paludier est donc quotidien, il doit jouer constamment avec les niveaux d’eaux des bassins qui composent la saline pour compenser l’évaporation et permettre la cristallisation du sel.

Les produits des marais : le gros sel et la fleur de sel

Même si, pour simplifier la lecture de cet article j’emploie le terme « sel de Guérande » de manière générique, ce n’est pas un seul mais deux produits qui sont extraits de ces marais salants : le gros sel et la fleur de sel.

De la méthode de récolte à l’usage que l’on en fait, en passant par le prix de vente, tout diffère entre ces deux produits. La fleur de sel est issue d’une fine croute de sel qui se forme en surface des œillets dans des conditions de vent très particulières, c’est donc un produit plus rare et fragile dont la récolte demande des gestes précis et délicats.

C’est elle qui est ramassée en premier puisqu’elle se trouve en surface, la récolte du gros sel déposé au fond du bassin s’effectue ensuite, là encore avec des gestes précis afin de ne pas récolter l’argile du sol du bassin en même temps que le sel.

NB : le sel fin et les sels aromatisés de Guérande vendus sur la Presqu’île ou ailleurs sont le résultat du séchage et du broyage du gros sel.

L’importance du climat pour la production de sel

C’est la combinaison de ce travail régulier, précis et éreintant des paludiers et de bonnes conditions climatiques qui permet une telle récolte de sel. En effet, pour produire l’or blanc de Guérande, il est primordial d’entretenir les bassins tout au long de l’année ; mais il est aussi essentiel d’avoir une météo favorable, c’est-à-dire du soleil et du vent pour permettre l’évaporation de l’eau de mer.

Sans ces conditions climatiques idéales, la récolte du sel sera forcément moins importante, malgré le travail du paludier. Cette production de l’or blanc est donc « météo-dépendante » et elle est également menacée par la montée du niveau des océans.

Si vous voulez en savoir plus sur la production du sel, je vous recommande de consulter le site, passionnant et ludique, Le Guérandais, de visiter Terre de Sel ou de discuter avec un paludier sur place.

Les marais salants de la Presqu’île de Guérande

Où trouver des marais sur la Presqu’île ?

Sur la Presqu’île de Guérande, il existe deux zones de marais salants qui composent le « Bassin salicole de la presqu’île guérandaise ».

Il y a tout d’abord les plus connus, mais aussi les plus étendus avec une superficie de 52 km², c’est-à-dire les marais salants de Guérande, situés sur les territoires des communes de Guérande, Batz-sur-Mer, Le Croisic et La Turballe, au cœur de la Presqu’île. C’est dans ces marais que se trouve Terre de Sel, lieu incontournable pour celui qui souhaite acheter du sel ou en savoir plus sur les marais.

Autour de ces marais, vous trouverez également d’autres lieux pour parfaire votre connaissance de cette production et de ce territoire et le Musée des marais salants, à Batz-sur-Mer et la La Maison des Paludiers à Guérande.

Il y a ensuite, sur une superficie de 6 km², les Marais du Mès qui se trouvent au nord de la Presqu’île sur le territoire des communes d’Assérac, Mesquer et Saint-Molf. Plus reculés et donc moins connus, les marais du Mès sont magnifiques et paisibles. Rassemblant ces deux caractéristiques et d’autres que j’ai expliqué dans cet article, mon marais préféré sur la Presqu’île, mon petit coin de paradis salé, est celui de Rostu, avec sa belle salorge.

Les balades dans les marais salants

Les balades dans les marais salants, que ce soit ceux de Guérande ou du Mès, sont pour moi des moments privilégiés de détente et d’observation de la faune et de la flore locales. En effet, de nombreux les oiseaux viennent tremper leurs pattes dans les différents bassins des salines. Mouettes, goélands, aigrettes, hérons, roseaux, salicorne, joncs, tamaris, les espèces animales et végétales à observer sont nombreuses.

J’en profite d’ailleurs pour souligner qu’il est important de respecter ces zones fragiles, classées classée Natura 2000 et ZNIEFF (Zone Naturelle d’Intérêt Ecologique, Floristique et Faunistique), et les panneaux qui interdisent l’accès à certaines aires protégées. Pour profiter pleinement des ces jolis paysages et ne pas les dégrader, privilégiez une balade en vélo ou à pieds plutôt que de sillonner les routes qui entrecoupent les marais en voiture.

Pour voir l’or blanc de Guérande, il vous faudra bien sûr vous rendre sur la Presqu’île en été, mais sachez que ces paysages de marais sont beaux à toutes les saisons. Parce que chacune, et chaque heure même, apporte ses couleurs particulières, la végétation, le ciel, les reflets dans les bassins, les dessins de sel, changent sans arrêt mais offrent toujours un spectacle magnifique et apaisant.

Les couchers de soleil y sont merveilleux, les journées de grand ciel bleu aussi, et même les journées grises, où de nouveaux contrastes s’offrent à vos yeux, ont leur charme au cœur de ces paysages millénaires où l’homme travaille de pair avec la nature pour extraire cet or blanc, qui scintille ici et là.

Retrouvez tous les articles de cette édition de février sur la carte ci-dessous :

Épinglez-moi !

23 Replies to “La Presqu’île de Guérande, terre de l’or blanc #EnFranceAussi”

  1. Je connais bien les marais salants de l’île de Ré, pour y être allés cet été, mais nous ne sommes pas remontés jusqu’à ceux de Guérande, qui doivent être encore plus impressionnants ! Je suis toujours en admiration devant ces ouvriers du sel, qui font encore tout leur travail manuellement, alors que dans le sud, en Camargue, tout est automatisé. Merci pour ce bel article, à bientôt. Martine

    1. La superficie qu’ils occupent est assez impressionnante oui, ça permet de faire une belle balade (et beaucoup (trop) de photos) ! Le travail des paludiers m’impressionne aussi, j’ai eu l’occasion de discuter avec l’un des deux, c’est réellement très physique et c’est une culture vraiment délicate, une averse et ce sont des semaines de travail qui sont à recommencer !

  2. J’adore ton récit et tes explications sur le sel de guérande, je ne connaissais pas du tout la méthode alors que je suis tous les étés en charente 🙂

    1. Merci Nicolas 🙂 Je ne sais pas si tu as lu l’article de Sandrine (One Two Trips) mais il semble qu’en Charente les bassins ne portent pas le même nom qu’à Guérande, fais gaffe à ne pas commettre d’impairs l’été prochain en parlant de vasière ou de paludier 😉

  3. C’est fou, je n’imaginais pas qu’on recoltait le sel depuis si longtemps … bon je n’y avais jamais réfléchi !
    Et j’adore ces paysages, je trouve ça tellement reposant 😊

    1. Je ne pensais pas non plus que c’était une culture aussi ancienne. C’est ça qui est bien aussi dans le fait de bloguer, on apprend plein de choses !
      Et oui c’est tellement zenifiant les marais salants, j’adore <3

  4. Super article, c’était vraiment hyper intéressant 🙂

  5. On parle aussi de bouffe et de bassins par ici, je ne peux que valider haha. Article hyper intéressant en tout cas, merci Odile !

    1. Haha ! Merci Odile 🙂

  6. Voilà un paysage que je connais bien moi aussi puisque ce n’est « qu’à » 2 heures de route de chez moi, alors j’ai plaisir à m’y rendre à toutes saisons ! Et si j’y vais régulièrement, c’est parce que j’aime m’y promener, notamment pour admirer les oiseaux entre autres… Et bien sûr, à la maison, c’est du sel de Guérande que j’utilise 😉 Merci pour ce beau reportage !

    1. Merci à toi ! Ici aussi c’est sel de Guérande exclusivement, « la baleine et cie c’est pas du sel » dixit Nico qui vient de la région de Guérande !
      Tu as bien de la chance d’habiter si près de ce bel endroit, c’est tellement beau ! <3

  7. Très beaux marais salants, maison du mythique sel de guérande! Et en plus tu as vu des animaux!

    1. La photo avec les chèvres est assez vieille, ça fait longtemps qu’on ne les a pas vus, mais il y a parfois des moutons aussi ! Et les oiseaux il y en a souvent, le plus dur c’est de les prendre en photo avant qu’ils ne s’envolent !

  8. Y-a pas à dire, ils sont magnifiques ces marais. Un joli coin de nature façonnée par l’homme ! Merci pour tes belles photos ! 🙂

    1. Oui c’est trop beau ce coin-là ! Merci pour ton commentaire 🙂

  9. Que ces paysages de marais salants sont beaux ! Ils sont superbes.
    Je connais plus ceux de l’île de Ré, mais je pense qu’ils se valent.

    1. Je n’ai jamais vu ceux de l’Île de Ré donc je ne peux pas comparer ! Mais j’image qu’ils doivent être tout aussi beaux et apaisants !

  10. Ils ressemblent vraiment à ceux de l’ile de Ré!

    1. Je ne les ai jamais vus ceux-là donc je te crois sur parole 😉

  11. […] pas le muséum présenté par Anne ! – Un tour dans des salins avec Pauline à Guérande et avec Sandrine à l’île de Ré ! – Le Blanc c’est aussi le Sacré-Coeur, un de […]

  12. Tu me rappelles mon adolescence ! On allait y faire la fête 🙂 J’adorais aussi me promener dans ces supers paysages.
    Et du coup, j’ai toujours de la fleur de sel de guérande chez moi !

    1. Ici aussi c’est fleur de Guérande exclusivement, Nico ferait une crise si on utilisait autre chose ^^
      Vous faisiez la fête au milieu des marais salants ou à Guérande ?

Laisser un commentaire